Transport et stockage du vaccin

La filière logistique du froid se prépare à tenir son rôle.

Suite à l’annonce des laboratoires sur la découverte d’un potentiel vaccin disponible prochainement, les questions se multiplient concernant le déploiement de la logistique. En effet, il s’agit maintenant de le distribuer et de le dispenser à des milliards de personnes dans le monde et à des dizaines de millions en France, et ce dans les délais les plus courts possible afin d’enrayer la pandémie. La logistique sous température dirigée de la vaccination massive contre la Covid-19 est un vrai défi, tant par son ampleur que par sa spécificité technique annoncée par plusieurs laboratoires. Il existe un grand nombre de médicaments dits thermosensibles, c’est-à-dire que leurs propriétés sont altérées s’ils subissent un écart de température. Il en est ainsi pour les vaccins, dont la plupart des 4,7 milliards administrés chaque année nécessite une température située entre +2C° et +8C°. Du laboratoire au patient, ils sont donc stockés, transportés et distribués sous température dirigée.

Quelle que soit la température qu’il faudra maîtriser sur tout ou partie de la chaîne, cela nécessitera dans tous les cas d‘investir dans de nouveaux moyens : la chaîne du froid demande une expertise pointue, aussi bien d’un point de vue technique qu’organisationnel. « Nous avons besoin de disposer au plus vite des éléments concernant les températures, la durée de stockage que nécessite chaque vaccin ou encore les contours du cadre juridique à mettre en place, commente Jean-Eudes Tesson, président de la Chaîne Logistique du Froid. Une chose est sûre, la profession et le Cemafroid sont prêts à se mobiliser, comme ils le sont depuis le début de la pandémie. La France a tous les atouts pour réussir la vaccination de sa population.

Une température hors-norme : un défi technique ?

L’éclairage de Gérald CAVALIER, président du CEMAFROID

« Le laboratoire Pfizer annonce des températures de conservation de – 80 °C et le laboratoire Moderna des températures de – 20 °C. C’est atypique et nous sommes clairement loin des températures et de la logistique habituelles de ce type de produits, même s’il existe déjà un vaccin contre Ebola transporté dans la carboglace au-dessous de – 70 °C. Cela peut s’expliquer par les méthodes d’obtention de ces vaccins utilisant des biotechnologies, comme l’utilisation de l’ARN messager, ou par des délais de mise sur le marché très courts ne permettant pas de réaliser toutes les études de stabilité en température. Les techniques utilisées pour les produits alimentaires surgelés sont duplicables pour tout type de produit à – 20 °C, dont les vaccins. Concernant la question des – 80 °C, la situation est plus complexe, mais pas désespérée. S’il n’existe pas aujourd’hui des capacités importantes de stockage et de transport de produits thermosensibles au-dessous de – 80 °C, il existe des solutions techniques, comme des groupes frigorifiques à très basse température, les groupes cryogéniques de transport sous azote ou encore l’usage de la glace carbonique. »

Un défi logistique et frigorifique

Avec 150 000 engins de transport sous température dirigée, la France dispose d’une des meilleures chaines du froid du monde. Elle compte un camion frigorifique pour 450 habitants. A titre de comparaison, la Chine en compte un pour 12 000. Les solutions de transport de vaccins dites classiques, c’est-à-dire comprises entre + 2 °C et + 8 °C sont donc largement maîtrisées en France et il existe même une logistique, moins courante, pour les températures inférieures à – 20 °C. En revanche pour les gammes de températures au-delà de – 70 °C, elles existent mais concernent une gamme de produits plus confidentiels et des volumes très limités. « Concernant le transport et le stockage des produits de santé dits traditionnels, c’est-à-dire dont la conservation est comprise entre +2 °C et +8°C et dont font partie les vaccins, la chaîne du froid est opérationnelle en France. En revanche la situation se complique pour des campagnes de vaccination à grande échelle avec des produits à conserver à – 20 °C et encore davantage à – 80 °C. Le défi est de taille mais il n’est pas impossible ! » conclut Jean-Eudes Tesson.

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