Vie des entreprises

Accidents : Téléphone au volant, rien ne bouge …

Jean-Yves Kerbrat
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Les spécialistes appellent cela les distracteurs… Il y a moins d’un an, nous avions publié, sous le titre « Téléphone au volant, le transport routier doit donner l’exemple » un article, état des lieux, sur un phénomène qui mène à la catastrophe avec des accidents en pagaille avec ses morts et blessés pour un bilan économique et sociétal très inquiétant. Nous avions écrit alors, que les conducteurs professionnels, plus que tout autre, devraient s’interdire l’usage du téléphone au volant, autant pour appeler, répondre ou pire, envoyer des SMS qui oblige à quitter le volant des mains et la route des yeux. Mais au-delà de la sanction que les pouvoirs publics aggravent au fil des mois et des drames de la route, il faut en passer de toute évidence, par la case formation et responsabilisation des conducteurs.

Le loueur Sixt décide de publier des images choc …

1 conducteur sur 3 utilise son téléphone

La dernière étude de l’ASFA (l’association française des autoroutes) prouve qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire alors que 93% des français se déclarent conscients des dangers que représente l’utilisation au volant d’un moyen de communication … pourtant 1 sur 3 admet prendre ou passer des appels, lire ou écrire des SMS ou consulter ses messageries. Il s’agit d’une attitude criminelle ! Pour mémoire, 15 secondes pour une notification Facebook = 600 mètres sans regarder la route ! L’ASFA confirme que les accidents mortels liés à l’usage de ces « distracteurs » restent en hausse depuis plusieurs années sur autoroute et concernent principalement les conducteurs les plus jeunes et les personnels autoroutiers sont également mis en danger par ces comportements. Pour rappel, en 2017, les équipes des sociétés d’autoroutes avaient enregistrées 187 accidents impliquant leur personnel. Le bilan humain était lourd avec un agent de la Sanef tué et 12 agents blessés. Le bilan 2018 est en amélioration, (11 agents blessés dans 132 accidents), sans doute par une plus grande vigilance des personnels.

Des règles simples qui doivent être appliquées par tous

De bons conseils pas toujours suivis …

Pour exemple, nous avions relevé, en mai 2014, un fait divers où un jeune conducteur routier de 29 ans avait causé un très grave accident percutant plusieurs voitures avec pour bilan deux morts et six blessés. Il a été prouvé qu’à ce moment-là, il rédigeait un SMS et dans la période précédente, il en avait envoyé 29, reçu 19 et passé 5 appels téléphoniques. (Condamnation, trois ans de prison dont un avec sursis). Des exemples comme celui-ci, il y en a à la pelle et le pire c’est que d’une année sur l’autre, les statistiques sorties des études sont exactement les mêmes. Rien ne bouge … avec comme premiers responsables des conducteurs plutôt jeunes, moins de 35 ans, soit 18% des conducteurs sur autoroute mais impliqués dans 43% des accidents mortels dus à l’inattention.

Téléphone au volant, toujours aussi dangereux. Rien ne bouge dans les comportements ... les spécialistes appellent cela des distracteurs.
Les campagnes d’incitation se succèdent. Pour l’instant sans résultat.

Un sms multiplie le risque d’accidents

Parmi cette dernière catégorie de conducteurs, 61% lisaient leurs SMS en conduisant, et 32% en écrivaient. Or, il est dit qu’écrire un SMS au volant multiplie le risque d’accident par 23. C’est un véritable fléau condamné par la Sécurité routière alors que les conducteurs (de tous pays) ont intégré le téléphone portable comme un outil de communication permanent, partout, tout le temps … Laurent Karila, addictologue à l’hôpital Paul Brousse et président de SOS Addiction, n’est pas rassurant. Il s’intéresse à leur cas et il décrypte ce phénomène en expliquant que les « jeunes sont des ”digital natives” qui connaissent et maîtrisent parfaitement les Smartphones. Ils répondent donc plus souvent aux sollicitations et s’exposent à plus de risques que les conducteurs plus âgés »Pour lui différents types de réactions sont engendrées par les fonctionnalités et les usages du Smartphone et ce quelques que soient les circonstances : Le fomo, peur de rater un échange, une communication, un statut… très lié à la nomophobie, qui est le syndrome anxieux de la batterie faible ou du réseau faible, auquel peut s’ajouter l’athazagoraphobie, peur et anxiété de ne pas être aimé, « retweeté », « liké », partagé. Cela prouve bien qu’il faut changer de méthode.

Une avocate en colère !

Dans ce contexte très inquiétant, maitre Jehanne Collard, avocate spécialisée dans la défense des victimes de la route se met en colère : « Il faut pénaliser le portable au volant comme on le fait pour l’alcool et la drogue. Face à ce risque considérable, le gouvernement envisage de suspendre le permis de conduire des contrevenants pour le moment punis d’une simple amende. C’est totalement insuffisant. Le portable au volant est une addiction qui se banalise. On ne lutte pas contre cela avec des amendes. Pour combattre un tel fléau, par le code pénal, la justice doit envoyer un message fort, y compris par des peines de prison alourdies quand il fait des morts ou des blessés sur la route. »

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