Rave Groupe : Pour une standardisation des échanges

Transport Rave

Spécialiste de la location de VI avec conducteur, et des services aux industriels, le groupe Rave n’en est pas moins transporteur ! Avec le patron Frédéric Charbon et son DSI Ludovic Facompré, nous abordons une stratégie informatique raisonnée, opérationnelle, qui vise à simplifier la transmissions d’informations avec les donneurs d’ordre.

C’est une histoire assez classique dans le monde du transport. Des entrepreneurs Gueugnonnais, Jean Rave et son épouse, qui démarrent une activité aux portes d’une usine avant de se diversifier. Pendant plusieurs décennies, la société Rave fut spécialisée dans les expéditions industrielles pour le compte des célèbres Forges de Gueugnon, l’un des leaders mondiaux de l’acier inoxydable, qui appartient maintenant au groupe Arcelor Mittal. Rave transportait des lots complets à l’international, partout en Europe depuis la région Rhône-Alpes. « Cette activité existe toujours chez nous », relate Frédéric Charbon, qui a pris la direction du groupe Rave en 1993, après avoir gravi les échelons de l’entreprise pendant 10 ans :

Frédéric Charbon PDG

« J’ai notamment développé des services aux industries, au sein des usines de nos clients, en commençant  par le monde de la sidérurgie et Arcelor Mittal.  Aujourd’hui, nous employons une centaine de personnes chez nos clients, essentiellement pour des travaux très spécifiques de manutention interne (locomoteurs, engins avec grue, etc.). Ce département représente 7 à 8 % de notre chiffre d’affaires – 131 millions d’euros en 2019, mais davantage en termes de résultats. Les investissement matériels y sont particulièrement importants. »

Officier de la Marine marchande dans une vie antérieure, Frédéric Charbon a rapidement perçu les limites compétitives du pavillon français sur les mers, mais aussi sur la terre !

Une culture technique

« Dès 1993, j’ai élaboré une stratégie visant à sortir du transport international.  Notre premier métier est aujourd’hui la location de véhicules industriels avec conducteur, suivi par le transport dédié. Dans ces deux activités, nos clients assument en totalité la charge d’exploitation des véhicules, y compris les flux retour. Cumulés, ces domaines représentent 55 à 60 % de notre chiffre d’affaires. »

Si Rave se revendique toujours comme transporteur, le transport à la demande ne représente plus que 30 % de son CA. Il en assume 70 % avec ses moyens propres, et 30 % avec de l’affrètement.

Enfin, le groupe Rave est aussi un logisticien spécialisé dans l’industrie sidérurgique. Il  réalise des tâches spécifiques de coupe en longueur de barres d’acier.  « Notre culture est très technique, technologique, et de plus en plus informatique, poursuit Frédéric Charbon. Tous nos véhicules sont équipés d’informatique embarquée Vehco. Nous avons démarré avec les premiers systèmes Agat il y a 20 ans (Le prestataire a depuis été racheté par Groeneveld, puis récemment par Vehco). »

850 véhicules moteurs sont équipés du boîtier GPS-GPRS Vehco connect 5. Le transporteur devait commencer un test avec Renault Trucks sur quelques poids lourds au premier semestre 2020.

 

Affirmant une stratégie volontariste de digitalisation de ses métiers, Frédéric Charbon se veut néanmoins prudent : « Il nous est arrivé d’être trop en avance, alors aujourd’hui, nous essayons simplement de ne pas être en retard. Par exemple, nous avons investit lourdement dans des solutions de suivi d’expédition. Nous constatons qu’il existe aujourd’hui des outils plus légers et beaucoup moins onéreux de type GedMouv, qui apportent les mêmes résultats. En tout état de cause, nous avons, comme beaucoup d’autres transporteurs, toujours anticipé les besoins de nos clients pour y apporter les solutions les mieux adaptées. Et cela évolue de plus en plus vite !  »

Pour Frédéric Charbon, l’informatique embarquée indépendante a vocation à devenir de plus en plus logicielle. Parallèlement, le patron réfléchit à équiper l’ensemble de ces conducteurs de smartphones, ou de tablettes. Avec un objectif de mobilité et de recueil d’informations à l’extérieur du camion.

Informatique opérationnelle

Ludovic Facompré, directeur des systèmes d’information du groupe, développe la transformation digitale qu’il porte depuis deux ans. L’homme est riche de plusieurs expériences opérationnelles chez CMA-CGM, chez XPO, mais aussi de direction des produits chez l’éditeur de logiciels Alpega.

« L’objectif est de transformer l’entreprise au niveau organisationnel et opérationnel en s’appuyant sur des outils informatiques ;  mais aussi d’améliorer l’offre commerciale, la valeur ajoutée du groupe, donc de définir les besoins des différents services de l’entreprise dans ce sens », commence le DSI.

 

“Il faudra une convergence réelle des données constructeurs, qui proposent aujourd’hui des formats disparates.”

 

Adapté au métier de la location de véhicules avec conducteur, cette démarche consiste d’abord à récupérer les informations sociales et techniques des poids lourds, afin de calculer les kilomètres, les heures supplémentaires, et pouvoir facturer ses clients. Rave propose également la traçabilité des ensembles roulants, du calcul d’itinéraire, jusqu’à des fonctions de plus en plus poussées de pilotage des flux.  « Nous travaillons à une amélioration continue des taux de remplissage, des plans de transports, dans le but de diminuer les kilomètres parcourus et in fine, l’impact environnemental de nos prestations, et de nos clients industriels. »

Sorawy Chefneux,
Assistante de Direction Technique et Achats chez Groupe Rave

 

Rave annonce pour 2020 « une nouvelle offre structurée » de services modulaires comprenant différents niveaux d’informations. L’écoconduite et la maîtrise de la consommation de carburant sont des axes majeurs de cette stratégie. « Nous nous appuyons sur l’informatique embarquée pour remonter et analyser les informations techniques. Ces données se traduisent en indications auprès des conducteurs et en KPI auprès de nos clients. »

Non aux doublons embarqués

850 véhicules moteurs sont équipés du boîtier GPS-GPRS Vehco connect 5. Selon les métiers, les conducteurs utilisent une interface de type tablette ou smartphone. Par ailleurs, si le transporteur n’exploite pas encore les données issues des boîtiers constructeurs, il doit commencer un test avec Renault Trucks sur quelques poids lourds au premier semestre 2020. La marque au losange équipe environ 50 % de la flotte Rave. « Notre objectif est ici la maintenance prédictive, de manière à anticiper les immobilisations, réduire les coûts et améliorer la sécurité. Mais à plus long terme, nous ne souhaitons plus de boîtiers tiers dans les camions. Cet équipement fait doublon avec les boîtiers posés d’usine.  Nous voyons plutôt en Vehco un fournisseur de services, dans la gestion d’itinéraires, des heures d’activités, etc. »

Ludovic Facompré, directeur des systèmes d’information du groupe : « L’objectif est de transformer l’entreprise au niveau organisationnel et opérationnel en s’appuyant sur des outils informatiques ; mais aussi d’améliorer l’offre commerciale, la valeur ajoutée du groupe. »

 

Cette évolution paraît logique, mais ne sera pas si simple à concrétiser. « Il faudra une convergence réelle des données constructeurs, qui proposent aujourd’hui des formats disparates. Quelles que soient les marques de véhicules, les données  devront être transmises à notre logiciel de transport dans un flux unique. A défaut, il est probable que de nouveaux acteurs captent ce marché d’intégration. Nous  souhaitons également  tester la solution d’agrégation de données S3P Web. »

Un autre test en cours depuis le 1er décembre 2019 – la solution de lettre de voiture électronique proposée par GedMouv – pourrait être complémentaire : « L’idée est d’agglomérer les données techniques d’exploitation, donc le suivi des moyens, avec les ordres de transport. Donc de rattacher toutes ces informations à des comptes clients », précise le DSI.

Des investissements agiles

Parallèlement, Rave a terminé en fin d’année le déploiement d’une nouvelle version de son TMS maison : Dispatch. Le service informatique de Ludovic Facompré a la main sur ses développements EDI et les interfaces à réaliser avec différentes plateformes. « Mon leitmotiv, c’est l’agilité ! reprend le DSI. Nous sommes prêts a essayer différents solutions, quitte à échouer, mais si tel est le cas, à échouer vite, pour limiter les investissements et passer à autre chose. C’est pourquoi nos pilotes sont menés sur un petit périmètre et une période déterminée.  Nous ne développons pas d’interface avant d’en avoir démontré la pertinence. »

 

“Nous ne développons pas d’interface avant d’en avoir démontré la pertinence.”

 

Afin d’assurer la traçabilité de ses opérations de transport public, Rave s’appuie sur différentes plateformes : Shippeo, Transporeon, et DDS Joint2ship notamment. « Nous répondons ainsi aux demandes de nos clients distributeurs et industriels, mais il va falloir améliorer notre efficacité opérationnelle sur ces questions. Il est contre-productif de se connecter à autant d’outils et de développer des passerelles pour chacun. En outre, en termes de fiabilité de l’information, seul un GPS embarqué dans le camion peut fournir du vrai temps réel. Les applications sur smartphones sont moins précises, et sont surtout dépendantes d’une manipulation humaine. Bref, les transporteurs ont tout intérêt à standardiser ce type d’échanges. C’est pourquoi nous adhérons à des groupes d’innovation technique au sein de GS1 et du GTF, concernant la prise de RDV, la digitalisation des documents de transport, et la standardisation des flux d’échanges de données informatisées (EDI).»

Le service informatique a la main sur ses développements EDI et les interfaces à réaliser avec différentes plateformes.

Pour l’heure, Ludovic Facompré a exigé certaines limites aux informations transmises aux plateformes : « Nous avons refusé de leur donner un accès direct à notre informatique embarquée, donc à l’exhaustivité de nos mouvements. Nous avons mis en place des règles de gestion. Nous transmettons les statuts de chargement et de livraison. De plus, la position d’un véhicule est envoyée toutes les 30 minutes dès son chargement et ce jusqu’à son arrivée prévue sur un site de livraison. »

En 2020, le directeur informatique va s’attaquer à d’autres sujets majeurs : la business intelligence, ou informatique décisionnelle, doit permettre d’agréger et d’analyser toutes les données financières de l’entreprise. Ludovic Facompré compte également revoir l’infrastructure informatique du groupe, et éventuellement évoluer vers le Cloud. Les transporteurs ont décidément bien des chantiers informatiques à défricher !

Le groupe Rave : Faits et chiffres

Création en 1943

800 clients

131 M€ de CA

2030 cartes grises

30 sites d’exploitation

Historique

  • 1993 :  Frédéric Charbon prend la direction du groupe.
  • 2000 à 2010 :  période d’expansion et conquête de nouveaux marchés.
  • 2013 : le Groupe Rave rachète 50 % des parts de la société Sopitra (44).
  • 2014 : Acquisition des Transports Gonzalvez, basés dans le Gard.
  • 2016 :  le Groupe Rave acquiert 100 % des parts de la société Sopitra.
  • 2016 :  le Groupe RAVE et TC Transports inaugurent une nouvelle station de gaz naturel pour véhicules (GNV).
  • 2017 :  acquisition de la société Icautrans, à Auxerre.
  • 2018 : développement du groupe dans le Sud de la France : Rave Provence à Grans (13) et Rave Languedoc à Servian (34).
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