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Noblet : Des chantiers de transition énergétique et d’optimisation informatique

Laurent Galle, à la tête du groupe francilien Noblet et Président de l'OTRE Île-de-France
Wilfried Maisy
Ecrit par Wilfried Maisy
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Le transporteur TP francilien développe une stratégie de responsabilité sociale et environnementale  sur deux axes :  des poids lourds au biogaz, et des rapports automatisés auprès des clients et des chauffeurs.

« Notre stratégie, et nos investissements, reposent sur la volonté d’une moindre dépendance aux énergies fossiles, et de réduction de la pollution atmosphérique, et sonore. Dans le domaine des travaux publics, nous avons été les premiers transporteurs à investir dans des camions biogaz en 2017. En avril 2019, nous réalisons plus de 20 % de nos activités par ce biais. Nous détenons 15 de ces véhicules propres, sur une flotte de 65 VI, soit un petit quart de notre parc. L’objectif étant d’atteindre les 50 % en 2021. »

Laurent Galle, à la tête du groupe francilien Noblet depuis 2010, affiche ainsi son positionnement de transporteur auprès des entreprises de travaux publics. Basé à Serris, en Seine et Marne, à Saint Quentin en Yvelines et à Sarcelles, dans le Val d’Oise –  Le président de l’OTRE Île-de-France intervient sur Paris et sa région dans le domaine de la location d’engins et de camions de chantier. En 2015, il a réalisé ses premiers achats de camions roulant au GNV (gaz naturel véhicule).

La valorisation des déchets locaux

Cette flotte de véhicules au gaz est destinée à de l’approche chantier en ville. Les poids lourds permettent de diviser par dix les émissions de particules, par trois les NOx et par cinq le CO2. Le bioGNV est produit localement par Engie. Depuis juin 2017,  les stations de Serris et de Saint Quentin en Yvelines sont alimentées avec du biométhane produit par l’usine de méthanisation de Biogaz Meaux, à partir de la valorisation des déchets issus de la restauration et de produits agricoles du territoire.

Afin de faciliter la recharge de ses camions, Noblet a décidé d’installer des bornes de recharge sur son site Seine-et-marnais et sur celui de Saint Quentin. Ainsi, les camions s’approvisionnent sur leur lieu de stationnement tout en gardant la possibilité, si nécessaire, de faire le plein en station publique. Laurent Galle a fait le choix de station en charge lente. Les camions sont branchés la nuit et les chauffeurs les retrouvent prêts à l’emploi le lendemain matin. La boucle est locale : une vingtaine de kilomètres sépare les bornes de recharge de Noblet du lieu de production du biogaz.

Deux derniers fossiles

« Nous avons réceptionné en janvier 2019 deux camions au gasoil, des aspiratrices qui avait été commandées en 2017. Ce sont les derniers véhicules à carburant fossile qui entrent dans notre entreprise. Nous n’achèterons pas non plus de voitures essence ou diesel, précise Laurent Galle, qui roule lui-même en berline Tesla. Nous allons également acquérir un poids lourd électrique cette année. Je crois beaucoup en cette production énergétique silencieuse. C’est important dans notre métier urbain. Lorsqu’on travaille sur un trottoir entre deux immeubles, pour changer une canalisation de gaz, ou au pied d’un hôtel, cela fait toute la différence. Encore plus que la pollution environnementale, la moindre pollution sonore sera une clé de succès pour les transports Noblet dans les années à venir. Les camions gaz sont également moins bruyants, ils produisent un son plus rond, plus agréable. »

Le seul souci de l’électrique, c’est le prix. « Un camion électrique vaut deux fois un modèle diesel. Quant aux véhicules gaz, tout dépend la manière dont on compte… le coût d’achat est supérieur de 25 % par rapport à un camion classique, mais les camions gaz bénéficient d’un sur-amortissement Macron de 140 %, jusqu’à la fin 2021. En définitive, le surcoût n’est que de 10 à 15 % sur les camions. Si l’on considère le prix global d’un ensemble avec une grue qui atteint 200 000 €,  la différence n’est que de 10 000 €. D’autant plus que le prix du gaz est inférieur à celui du gazole, que l’écart va continuer à se creuser, et qu’en possédant sa propre station, on bénéficie d’un prix d’achat moins élevé. »

Enfin, concernant les camions diesels existants, « nous comptons utiliser sur une partie de notre flotte du B100, un nouveau biocarburant produit à base de colza, annonce Laurent Galle. Nous étudions aussi la possibilité de transformer une partie  des moteurs diesels en moteurs à gaz. Pour le reste, nous avons le projet de financer des projets de compensation carbone, de reforestation, au niveau régional ou national. »

Tout cela est bon sur le plan environnemental, mais aussi commercial — beaucoup des clients de Noblet étant sensibles à ces problématiques — et enfin au niveau interne. « Nous constatons en effet que nos conducteur, et nos collaborateurs globalement, sont fiers de leur entreprise. C’est important pour eux, c’est important pour nous », affirme Laurent Galle. 

1000 notations par an

Ingénieur à l’origine, Laurent Galle a dirigé une entreprise informatique, et un groupe d’intérim, avant d’atterrir dans le transport. « Nous détenons une vraie structure informatique, ce qui est assez atypique parmi les transporteurs TP. Quand j’ai repris cette entreprise, nous travaillions sur un planning manuel. Depuis 2011, nous avons mis en place un logiciel qui gère la planification. L’ensemble des opérations est informatisé,  la gestion des moyens, des personnels, les réservations, jusqu’à la facturation. Nous utilisons le logiciel TP Planning (AG progiciel), auquel nous avons ajouté quelques applications. Parmi les principales, nous utilisons depuis deux ans un outil de retour d’information de nos clients. À chaque fin de chantier, le chef du site reçoit un SMS, via lequel il va noter notre prestation, dans le détail, sur une application mobile. Ce dispositif, qui rassemble plus de 1000 notations par an, nous permet de mettre en avant la qualité de notre travail, de nos collaborateurs, sur la durée. Quand un problème se pose, le client est plus à même de relativiser le défaut de qualité.»

En outre, nous utilisons une solution de signature électronique reliée à de l’informatique embarquée Tomtom Web Fleet, depuis 18 mois. Ce produit présente une navigation poids lourd efficace, un module d’écoconduite, et un suivi de la consommation détaillé. Comme nous travaillons beaucoup en « statique », avec peu de kilomètres et des opérations de manutention par grue, ce système permet de distinguer les activités. »

Par ailleurs, la solution embarquée inclut un petit questionnaire de fin de journée s’adressant aux conducteurs. Celui-ci a surtout vocation à rappeler aux hommes les éléments de sécurité (port du casque, etc.), et à notifier les problèmes d’insécurité potentiels. « Le choix d’une informatique embarquée de seconde monte, indépendante des constructeurs, s’explique par la mixité de notre parc, précise Laurent Galle. En effet, nous utilisons 55 Mercedes-Benz, une quinzaine d’Iveco et quelques unités Volvo. L’alternative constructeur à Tomtom, le système FleetBoard, ne m’a pas parue pertinente.  Cela pour plusieurs raisons : cette télématique est très chère, surtout à  l’installation. On ne peut pas la fixer sur d’anciens véhicules – et notre parc a une durée de vie moyenne de 10 ans. On pourrait théoriquement la poser sur des poids lourds d’autres marques, mais ce n’est pas très optimal. » 

Pour Laurent Galle, l’optimisation informatique s’arrête ici. « Les informations que nous remontons aujourd’hui sont suffisantes. Nos clients n’expriment d’ailleurs pas le besoin d’en avoir davantage, justifie-t-il.  Mais surtout, en aucun cas, nous n’avons l’intention de flicker nos conducteurs, de les transformer en machine. Au contraire, nous avons besoin de collaborateurs libres et autonomes, qualitatifs. La dimension humaine est essentielle dans le TP. En outre, ces systèmes ont leurs limites. Par exemple, quand on roule dans un trou dans une décharge, l’accéléromètre embarqué enregistre un freinage brutal. Pas toujours très pertinent ! Grâce à l’informatique, depuis 2011 que date la mise en place d’un dispositif d’écoconduite, nous avons tout de même gagné quelques litres aux 100 et réduit les accidents, les consommations de pneumatiques. »

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