TRM le Guide

Groupe Breger : Organisateur, superviseur et indépendant

CA2018 : 112 M€ 750 collaborateurs 350 000 expéditions 10 agences
Wilfried Maisy
Ecrit par Wilfried Maisy
SALON SITL MARS

Collaboration et transparence sont les maîtres mots du groupe de Laval (53), qui s’est fait un nom dans le juste à temps au service de l’automobile. Le P-dg Vincent Lesage explique comment il organise son exploitation, et supervise les commandes, pour fournir une information de plus en plus détaillée.

Vincent Lesage et le groupe Breger, c’est une histoire qui date. Arrivé dans l’entreprise en 1988, Vincent conduit différents projets de développement du réseau d’agences et de réorganisation informatique. En 1998, il rachète la société avec trois autres cadres – Thierry Rabier, directeur commercial (décédé depuis), Raymond Breger, directeur administratif et financier (aujourd’hui à la retraite) et Alain Egermann, l’actuel directeur général.

P-dg du groupe Breger depuis 2008, Vincent Lesage tient à l’identité de l’entreprise, celle d’un organisateur transporteur indépendant : « Transporteur, nous le sommes depuis les années cinquante. Nous restons maître de nos moyens avec une flotte de 480 moteurs. Mais aujourd’hui, notre métier consiste à optimiser les flux de nos clients. Et lorsque c’est possible, à transporter moins pour transporter mieux. »

Vincent Lesage prend en exemple le cas d’une ligne biquotidienne de pièces détachée effectuée pour Renault, que Breger a pu réduire à un voyage par jour, en exploitant des semi-remorques à double plancher amovible Libner. « Nos équipes travaillent énormément sur les taux de remplissage, la massification, l’optimisation des trajets, des relais, explique-t-il. Toutes ces pistes d’optimisation demandent des investissements, et se construisent en collaboration avec nos clients. Ces solutions sur mesure sont très intéressantes à concevoir.  

P-dg du groupe Breger depuis 2008, Vincent Lesage tient à l’identité de l’entreprise, celle d’un organisateur transporteur indépendant.

Cette logique répond aussi à une exigence environnementale, que nous développons depuis les années 90. Cette démarche nous réussit bien, puisque nous progressons d’environ 10 % par an, avec un chiffre d’affaires de 112 millions d’euros en 2018, et de plus de 120 millions au 31 août 2019, avec un effectif de 800 personnes. »

Le bras armé des grands groupes

Vincent Lesage considère sa flotte, et son exploitation comme « le bras armé » des grands groupes industriels qui travaillent en flux tendus. La collaboration est le maître mot de son service qualité. Avec ses plus gros comptes, le groupe Breger organise mensuellement des AIC (animations à intervalle courts) visant à progresser encore et encore sur les KPI – l’amélioration des temps de chargement, de déchargement, la construction de nouveaux plans de transport, etc. 

Historiquement peu communicant, mais aujourd’hui confronté à un besoin d’image, à des difficultés de recrutement, Breger tient aujourd’hui à expliquer ce qu’il est, ce qu’il fait, dans les règles de l’art du TRM.

« Il y a 40 ans, il y avait surtout des animaux vivants à Mayenne, et pas d’industrie, relate le dirigeant. Un tournant s’est opéré avec l’installation de l’usine PSA à Rennes, dans les années 70. L’automobile est devenue notre premier marché, avec la grande distribution en seconde position, puis l’hygiène, l’emballage, le bâtiment, l’isolation. Nos clients clés sont Renault, Mercedes, Scania, des grands équipementiers tels que Plastic Omnium et toutes les grandes enseignes de la grande distribution. L’international représente 20 % de nos flux. Nous livrons par exemple toutes les usines européennes de Mercedes de pièces détachées issues des équipementiers français. »

Un dessein transparent

Au plan informatique, le groupe Breger exploite depuis 2007 son propre TMS Hermes, « un concentré de notre expérience sur les 10 dernières années ». Ce service compte cinq personnes.

« Outre le TMS, le gros du travail de nos ingénieurs consiste à construire des communications bidirectionnelles avec nos donneurs d’ordre, à établir des interfaces avec des systèmes disparates. Plus de 60 % de nos commandes de transport, jusqu’à la facturation, sont chaînées directement en EDI. En complément, nous exploitons de l’informatique embarquée fixée aux véhicules. Dans la majorité des opérations, nous utilisons des scanners embarqués, de manière à envoyer rapidement les bons de livraison des camions vers notre TMS, puis vers les clients. La preuve de livraison est disponible sur notre site Internet. »

Breger utilise des scanners embarqués pour envoyer rapidement les bons de livraison des camions vers le TMS, puis vers les clients.

En 2019, le groupe Breger a franchi un pas supplémentaire dans le retour d’informations aux clients, avec l’ETA. « Le temps estimé d’arrivée, que nous fournissons à nos clients en temps réel, en fonction des temps de route et des contraintes sociales, est une démarche d’amélioration continue. Pour cela, nous avons intégré une brique d’optimisation d’itinéraire PTV à notre TMS. Le juste à temps, c’est essentiel dans l’automobile. Et sur les quais de grande distribution, les rendez-vous se prennent à la demi-heure près. »

“L’ETA est une information subtile à maîtriser, car il faut éviter les effets de bord. Il n’est pas question qu’un client nous appelle pour nous informer que nous allons être en retard. Nous devons garder la main !” ajoute Damien Bordeau, Directeur administratif et financier en charge des systèmes d’information.

Les plateformes en question

Si le groupe Breger dispose des moyens informatiques nécessaires à une traçabilité de bout en bout, en EDI, il travaille également avec des outils de traçabilité tiers. « La présence des plateformes est encore marginale. Nous utilisons Shippeo pour deux clients. Nous testons également GedMouv en collaboration avec d’autres comptes, et avons tendance à pousser cette solution un peu plus pointue sur notre métier, le groupage, les relais de transport. Dans les deux cas, l’idée est  d’unifier la traçabilité des commandes confiées à plusieurs transporteurs sur un seul outil. Nous mettons à disposition l’information, mais nous n’ouvrons pas notre TMS à un tiers.

« Nous planifions la commande, nous l’organisons, nous la produisons, puis nous la supervisons avec un personnel dédié.»

« Nous avons quelques difficultés à faire coïncider les commandes commerciales et les ordres de transports, précise Damien Bordeau. Ni GedMouv ni Shippeo ne permettent de regrouper les commandes, au contraire de Transporeon qui a développé cette fonctionnalité. Par ailleurs, sur le plan opérationnel, lorsqu’on multiplie les applications chauffeurs, on développe un nouveau problème de fiabilité. Il est impossible de garantir à nos clients une utilisation optimale de cinq logiciels et plus de manière optimale. »

“ Sur le plan commercial, la transparence fait partie intégrante de notre offre, souligne également Alain Egermann, dg du Groupe. L’objectif de notre métier est aujourd’hui assez clair : fournir une information détaillée sur nos opérations, partout et tout le temps, avec un maximum d’anticipation. En cela, nous transportons aussi bien des marchandises que des flux d’informations. Nous avons pu constater qu’il s’agit d’un élément vraiment différenciant, par rapport à  la concurrence. Depuis 10 ans, nous avons beaucoup travaillé sur la dématérialisation et la fluidité des échanges d’informations. A l’avenir, avec la digitalisation de tous les documents de transport, et le développement de la signature électronique, nous allons pouvoir gagner encore en productivité, au bénéfice de notre exploitation mais aussi au service des clients. »

Superviser la commande

 «  À partir du moment où nous chargeons, nous devons pouvoir dire au destinataire final à quel moment il va être livré ; c’est-à-dire lui fournir le statut de sa commande. Nous pouvons faire un parallèle assez logique avec l’achat d’un particulier sur Internet. Quand vous achetez un produit, vous n’êtes pas aveugle sur la date de livraison. Au contraire, les créneaux horaires ont tendance à être de plus en plus précis. Pour les entreprises de transport, ce challenge constitue un facteur de concurrence majeure. Nous devons être compétitifs dans le domaine du B2C bien sûr, mais aussi, de plus en plus, dans le B2B. La volonté du marché va dans le sens d’une mise à disposition de l’information de plus en plus fluide, aisée pour le client. A nous de nous adapter pour être compétitifs. »

Chez Breger, tout part de la commande, intégrée dans une base de données unique à ses 10 agences.

 L’objectif, en termes d’optimisation de l’exploitation, c’est de ne plus saisir de commandes. « Nous en sommes encore loin, c’est un travail de long haleine… Dans cette démarche, nous travaillons soit en EDI, soit via un portail Breger sur lesquels nos clients saisissent les commandes. C’est ce que nous avons mis en place avec la centaine de fournisseurs français de Mercedes. Le constructeur allemand peut suivre en direct tout le processus sur notre portail », indique Vincent Lesage. 

Chez Breger, tout part de la commande, intégrée dans une base de données unique à ses 10 agences. « Nous planifions la commande, nous l’organisons, nous la produisons, puis nous la supervisons avec un personnel dédié. Cette couche supplémentaire permet de gagner en fiabilité. Nos superviseurs vérifient que tout se passe bien à chaque étape du transport. Nous déchargeons ainsi un peu nos exploitants, qui ont déjà beaucoup d’informations à traiter auprès des conducteurs et des clients. » Cette segmentation industrielle des tâches n’est pas évidente à réaliser. Depuis sept ou huit ans, la démarche est progressive. Selon Vincent Lesage, elle engendre finalement un certain confort d’exploitation.

Une nouvelle télématique en 2020

Sur le plan télématique, les 480 moteurs de la flotte Breger sont équipés d’une informatique embarquée Vehco en fin de cycle (avec les sous-traitants réguliers, le suivi de flotte se monte à 600 moteurs). Le groupe de Mayenne avoue être en pleine phase de réflexion sur le sujet, « en forte veille ». « Nous pourrions nous orienter vers une informatique mobile, probablement en complément d’un boîtier GPS-GPRS fixé au camion. Ces choix télématiques sont de plus en plus complexes, car ils influencent à la fois l’optimisation de l’exploitation mais aussi notre compétitivité vis-à-vis des clients, notre niveau de service, et notamment notre capacité à travailler avec telle ou telle plate-forme. Le suivi des marchandises palettisées, du support unitaire, est une question importante dans cette équation. Nous aurons besoin d’un outil mobile pour scanner les palettes dans des conditions industrielles, et associer chaque scan à un ordre de transport, donc à une position géographique en temps réel », analyse le directeur informatique.

“L’ETA est une information subtile à maîtriser, car il faut éviter les effets de bord. Il n’est pas question qu’un client nous appelle pour nous informer que nous allons être en retard,” dit Damien Bordeau, Directeur administratif et financier en charge des systèmes d’information.

Le groupe Breger prévoit de conclure son appel d’offres en 2020. Nul doute qu’un tel choix télématique implique amplement l’entreprise de transport, à mains niveaux opérationnels  et décisionnels. Si l’investissement immédiat est conséquent, les ramifications informatiques présentes et futures avec l’exploitation et la logistique sont également à prendre en compte.

« Aujourd’hui, on ne parle plus de transport mais de mobilité… Nous allons vers un système de simplification, affirme Vincent Lesage. C’est incontournable. Pour être performants, il nous faudra répondre à deux exigences : la ponctualité, et la qualité de l’information. Nous sommes sans doute au début d’un tel processus. Beaucoup de systèmes sont en phase d’expérimentation. Ils se superposent. D’où un risque de surexploitation des données, de “big data” incontrôlé. » 

Il s’agit donc de tester des solutions pour agir au mieux en tant qu’entrepreneur. « Cette démarche est passionnante. Dans nos choix actuels, nous essayons d’être cohérents. S’il est difficile de savoir quelles plateformes s’imposeront, on peut être sûr d’une chose : aucun acteur ne pourra dicter sa loi. Le marché adoptera naturellement les solutions qui simplifieront la vie de tout le monde, et qui apparaîtront comme une évidence. »

 

750 remorques suivies en 2019

Le groupe Breger est en cours de déploiement de la solution « Où est ma remorque » proposée par Total, en collaboration avec l’opérateur de télécommunications Sigfox. “400 véhicules non moteur sont déjà équipés d’un boîtier GPS – GPRS, et 750 le seront avant fin 2019, annonce Vincent Lesage. Cette solution constitue un élément complémentaire de traçabilité pour suivre les marchandises et contrôler la bonne utilisation du parc de remorque.”

Les boîtiers autonomes en énergie permettent la localisation des remorques à l’arrêt et le paramétrage d’alertes. Les messages sont restitués sur un portail client sécurisé, accessible via les sites stela.fr et as24.com. Une cartographie et des tableaux de bord dressent un panorama du parc de remorques, l’historique de leurs temps d’arrêts ; l’appairage tracteur-remorque – détection accrochage-décrochage ; la maintenance – passage aux mines, réparations ; le mouvement non autorisé sur des plages horaires paramétrables par le client.  

 

Breger chiffres clés

CA2018 : 112 M€

750 collaborateurs

350 000 expéditions

10 agences

CA par activités : 

46 % transports en moyens propres

24 % partenaires

22 % sous-traitance

8 % logistique

CA par secteurs :

39 % automobile

14 % bâtiment isolation

12 % emballage hygiène environnement

14 % GMS/GSB

8 % agroalimentaire

4 % industrie

9 % autres

 

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