GLS : Trois frères pour garder la main

La PME familiale Gonzalez Logistique Services s’attache à consolider les flux de ses clients pour des livraisons tendues dans la région bordelaise. Benjamin, le frère aîné, explique ses solutions techniques.

En 2001, Eve et Joel Gonzalez créent les Transports Gonzalez Logistique Services (GLS), une PME familiale qui affirme sa relation de proximité avec ses clients comme ses collaborateurs. En 2004, GLS rejoint le groupement professionnel Evolutrans. En 2015, l’entreprise est reprise par les trois fils Gonzalez : Benjamin, Maxime et Victor. L’ainé Benjamin en prend la présidence. La PME poursuit une croissance soutenue, pour atteindre un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros en 2018, un CA qui a triplé en 10 ans. Installée en Gironde, à Vayres et Cestas, GLS travaille pour un millier de clients actifs, les 30 premières références représentant 80 % du CA.

« Nous ne sommes pas arrivés dans le transport par l’amour du camion ! lance d’abord Benjamin Gonzalez. En revanche, nous avons une culture et une éducation portée vers le service. Nous disposons d’un bureau d’études en interne, ce qui est relativement rare dans les  structures de notre taille. Notre stratégie consiste avant tout à s’appuyer sur différents outils informatiques pour optimiser les flux de nos clients, et mieux piloter nos activités.»

 

“Nous mettons en valeur la capacité de nos conducteurs à gérer de l’information.”

« Nous avons une approche transverse du métier, ajoute-t-il. Dans notre démarche commerciale, nous insistons sur les étapes amont et aval de la conduite. Nous mettons en valeur la capacité de nos conducteurs à gérer de l’information. »

Ex-Responsable du bureau d’études de Gefco en Angleterre et au Brésil, Benjamin Gonzalez compte se différencier par une gestion innovante des flux ; une valeur ajoutée de proximité, sur sa région sud-ouest. Il prend un exemple deux clients dans la réparation automobile dont les centres d’approvisionnement sont dispersés sur l’Hexagone. « Nous avons conçu une solution technique permettant de segmenter les livraisons en deux étapes, des tractions vers un hub régional, puis un groupage des flux de toutes ces usines (sur un créneau horaire extrêmement limité), permettant de consolider les marchandises, livrer les points de vente en une seule fois, et ainsi réduire le nombre de camions sur le dernier kilomètre ».

Autre cas d’école : « Pour le compte de quatre autres clients, nous mettons en œuvre des tournées de distribution nocturnes où nous livrons dans des sas sécurisés en totale autonomie ; et de manière intensive, puisque nous servons un total de 151 agences toutes les nuits et ce avant 6h30. Les rapports de livraison sont envoyés avant 7 h de manière automatique et instantanée – une fabrication logicielle maison du bureau d’études. »

« Dans ces deux situations, nous appréhendons la totalité des flux de nos clients, souligne Benjamin. Compétitifs dans l’administration de l’information, nous nous attachons à proposer des pilotages de flux les plus concurrentiels dans notre province, et même parfois au-delà. »

Les commandes dans un seul flux

Le service informatique de GLS œuvre notamment à homogénéiser la collecte des commandes, pour limiter les ressaisis et les erreurs. Il développe des outils intermédiaires entre les systèmes des clients, plus ou moins avancés, et son propre logiciel de transport, Proxylog de l’éditeur Xyric (groupe Cofisoft). Précisons que Xyric a également conçu le logiciel d’échange de palettes Volupal (réseau appartenant au groupement Evolutrans). Il équipe en conséquence les opérateurs de quai de GLS.

« Il y a plus de 10 ans, notre père a fait le choix de Xyric pour être en phase avec l’informatique du groupement », précise Benjamin Gonzalez, qui s’efforce de rationaliser des flux d’informations disparates : « Certains de nos partenaires communiquent par EDI ; d’autres nous envoient des fax ou des fichiers Excel, que nous traduisons semi-automatiquement pour les intégrer dans notre TMS Xyric. Dans le premier cas, le retour d’informations est immédiat. Dans le second, nous développons des briques d’optimisation manuelle ! En effet, à notre échelle de PME, nous sommes incapables d’imposer un standard de communication à nos donneurs d’ordre. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre de demander un développement spécifique à Xyric pour chaque cas d’usage. Résultat : nous devons nous adapter au cas par cas, avec nos propres moyens. » Certes, 90% des commandes effectuées par GLS sont réceptionnés par EDI. Mais les 10% restants sont quotidiens, stratégiques, et gourmands en moyens informatiques.

Les mobiles portent une application Xyric, extension du TMS Proxylog, sur laquelle les conducteurs reçoivent leurs missions.

Paradoxalement certains chargeurs, bien qu’incapables de transmettre leurs commandes  par le biais informatique, exigent néanmoins des comptes-rendus numériques de traçabilité, tant sur les mouvements logistiques de palettes que les preuves de livraison.

En lien avec son logiciel de transport, GLS exploite de l’informatique embarquée Webfleet Solutions (ex-Tomtom). Les boîtiers GPS-GPRS Link 510 sont installés sur la centaine de véhicules moteurs. Ils sont complétés par des boîtiers de géolocalisation Link 340 sur les semi-remorques.

Les ordinateurs de bord sont interfacés avec le TMS, mais l’ergonomie des échanges  est imparfaite. « Pour communiquer avec les conducteurs, les exploitants utilisent essentiellement l’outil de messagerie de Webfleet, qui a remplacé le téléphone. L’avantage : tous les gestionnaires de flotte accèdent à une base de données unique. En revanche, concernant l’envoi des feuilles de route, la passerelle n’est pas optimale ; nous ne pouvons pas automatiser pleinement cette fonction. C’est pourquoi nous utilisons une autre application sur smartphone. »

GLS a équipé ses 100 conducteurs mais aussi ses exploitants de smartphones CrossCall, une marque française spécialisée dans les terminaux robustes et étanches. Les mobiles portent une application Xyric, extension du TMS Proxylog, sur laquelle les conducteurs reçoivent leurs missions. « Toutes les mises en livraison et les remontées d’informations se font sur le logiciel mobile. Nous scannons les récépissés en instantané. Nous prenons en photo les éventuelles avaries. Tout est remonté en temps réel dans Proxylog, puis transmis automatiquement à nos clients. »

Des notations de conduite

Parallèlement, les conducteurs utilisent le système de navigation embarquée Webfleet pour réaliser leurs tournées. Le transporteur s’attache à réduire les kilomètres parcourus, mais aussi à diminuer la consommation kilométrique de sa flotte. Depuis 2014, GLS exploite les données techniques récupérées par l’informatique, via une prise FMS branchée sur le bus can du moteur. Webfleet permet d’uniformiser le recueil d’informations issues de différentes marques de poids lourds. Depuis 2015, GLS utilise également un module de conduite rationnelle.

« Nous avons connaissance du comportement des personnes au volant, de leur qualité d’anticipation, de leurs performances, notamment les consommations excessives, les vitesses moyennes, l’utilisation de l’inertie des poids lourds, les freinage brusques, etc., explique Victor Gonzalez. Sur cette base, le module d’écoconduite Webfleet attribue une note de 1 à 10 à notre personnel roulant. Au démarrage du projet, aucun n’atteignait une note supérieure à 6/10. Aujourd’hui, 23 conducteurs sur 49 satisfont ce score ; les meilleurs d’entre eux approchent la note maximale. »

 

“En l’espace de cinq ans, la consommation moyenne de la flotte est passée de 24,2 l /100 km à 23,6 l /100, soit un gain de 0,6 l par kilomètre”

À titre d’exemple, l’informatique embarquée enregistrait en 2013 un l’indicateur « temps de moteur tournant véhicule arrêté » de 20 à 25 minutes par jour sur certains véhicules. Aujourd’hui, 3 minutes est un maximum. Preuve qu’avec un peu d’incitation, les conducteurs ont pris l’habitude d’arrêter leur engin ! L’optimisation est significative, puisque sur ce seul paramètre, GLS indique une économie de 1,4 l par jour et par camion.

« Nous employons un tuteur en charge de l’intégration des nouveaux chauffeurs et du suivi des notations de conduite. D’ailleurs, une note ne dépend pas de la consommation absolue d’un véhicule, mais prend en compte le type de parcours. Notre meilleur conducteur, depuis trois ans, réalise des opérations de messagerie urbaine, soit 40 à 60 livraisons par jour. Il consomme plus qu’un grand routier, mais fait preuve d’une conduite exceptionnelle en ville. »

GLS communique les gains obtenus dans le détail : en l’espace de cinq ans, la consommation moyenne de la flotte est passée de 24,2 l /100 km à 23,6 l /100, soit un gain de 0,6 l par kilomètre, sur un total annuel de 6 834 000 km,  représentant une économie de 41 000 l. Autrement dit, GLS a calculé une économie en consommation de carburant de 46 000 € par an, à laquelle s’ajoute 29 000 € sur le poste dépannage (pour une moyenne de 900 € par dépannage).

Triptyque applicatif Bridgestone

Cependant, on ne peut attribuer cette performance d’exploitation à la seule informatique embarquée, mais à une gestion de parc globale. Partenaire de Bridgestone – qui a racheté la télématique professionnelle Tomtom pour la rebaptiser Webfleet en fin d’année dernière – GLS utilise le triptyque applicatif du manufacturier japonais : Webfleet mais aussi le service de maintenance FleetPulse et le module de contrôle de la pression des pneus Tirematics.

« FleetPulse automatise les contrôles techniques des camions, explique Victor Gonzalez. Sur leur smartphone, nos conducteurs utilisent une application pour exécuter les pointages nécessaires. Un portail en ligne complémentaire permet aux gestionnaires de parcs de suivre l’évolution de la flotte, les défaillances et les dommages mais aussi les performances des véhicules. Ce service exploite le système Bridgestone TPMS (système de gestion de la pression des pneumatiques), à savoir des capteurs Tirematics qui transmettent leurs données à des bornes, par radiofréquence à chaque entrée et sortie de nos sites. FleetPulse recueille ces informations, puis les relaie en temps réel aux chauffeurs et aux gestionnaires. Cette anticipation explique la diminution des dépannages et de l’immobilisation de nos moyens roulants. »

Benjamin Gonzalez : « Nous avons une culture et une éducation portée vers le service ».

 

Une relation directe avec Bary

Maîtriser l’enjeu du commerce connecté, tel est le nouveau challenge des frères Gonzalez. Depuis un an, les associés travaillent sur une plateforme web de prise de fret : Bary. Le défi : mettre en relation le chargeur avec le bon transporteur, sans aucun intermédiaire. « Comme on réserve un billet de train, l’idée est de pouvoir commander facilement et directement auprès du prestataire du service, et de payer comptant par carte bleue ou par prélèvement (facturation à 30 jours par mandat), détaille Victor Gonzalez, qui préside la start-up SI Miles, porteuse du projet Bary (hébergé par l’incubateur de start-up Bordeaux TechnoWest et partenaire de la FrenchTech Bordeaux).  Notre outil est la première boutique e-commerce clé en main. Elle modélise toute la complexité d’une offre de transport et digitalise les taches à faible valeur ajoutée du traitement d’un ordre. Selon nos calculs, nous pouvons réduire de 5 à 10 % le coût administratif d’une commande.»

Création d’un compte en ligne, devis instantané, transmission de l’OT par EDI depuis le Web services jusque dans le TMS du transporteur ; puis facturation automatisée et paiement en ligne pour accélérer le flux financier ; et bien sûr la traçabilité de l’OT… Telles sont les principales fonctions de la plateforme Bary.

« Nous n’avons pas l’intention de laisser les plateformes accaparer notre business »

“Nous souhaitons proposer un modèle totalement différent des plateformes Everoad, Chronotruck ou Fretlink, développe  Victor Gonzalez. Avec Bary, nous allons proposer notre système en marque blanche. En effet, notre application vient se greffer au site internet du transporteur et revêt ses couleurs. Elle se connecte à son TMS et à sa banque. Bary ne prends pas part à la contractualisation. Le client pourra ainsi se connecter directement à son transporteur, même ponctuellement. » La solution a comme premier client GLS depuis le mois de février 2020. Elle devrait être commercialisée au second trimestre.

« Nous n’avons pas l’intention de laisser les plateformes accaparer notre business, ou notre valeur ajouté. C’est pourquoi nous voulons garder la main sur notre système d’information, sur les données transmises à nos clients. Et rester en relation directe avec le client final. L’objectif est avant tout de gagner en autonomie. »

 

GLS faits et chiffres

3 sites à Vayres (33), Cestas (33), Tonnay (17)

190 salariés dont 100 chauffeurs

50 opérateurs de quai

50 tracteurs

45 porteurs (dont 3 hybrides)

10 véhicules légers

90 remorques

Membre du réseau Evolutrans

Chiffre d’affaires : 21 M€

distribution : 50 %

lots techniques : 27 %

messagerie colis : 12 %

logistique  quai : 8 %

affrètement : 3 %

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