Dernier kilomètre, quelles technologies pour la livraison urbaine ?

(paru dans TRM Le Guide n°7)

Accélérée par le e-commerce, la livraison du dernier kilomètre impose l’usage de nouvelles technologies vertes d’optimisation du stockage et des tournées, de tracking et de mobilité afin d’améliorer la performance

Représentant 20% des coûts et 25% des émissions de gaz à effet de serre selon l’IFOP, la logistique du dernier kilomètre est le maillon faible de la chaîne globale. Face à la multiplication des livraisons urbaines sous l’effet du e-commerce, l’optimisation du transport sur le dernier kilomètre devient une obligation tant économique qu’écologique ou sociétale. Il s’agit de concilier tant bien que mal la livraison ultra-rapide des entreprises et des particuliers avec de moindres nuisances, moins de pollution et à des couts mieux maîtrisés. Là encore les technologies du transport deviennent primordiales. Les TMS s’adaptent aux contraintes de la livraison urbaine et à de nouvelles solutions de distribution via consignes, point relais ou à la planification de tournées de flottes aux énergies hybrides. Depuis la mise en place dès 2019 de zones à faibles émissions (ZFE) dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités, les logiciels d’optimisation de tournées doivent intégrer de nouvelles contraintes de réduction des émissions de CO2 par exemple. Ils doivent élaborer des tournées adaptées à différents véhicules allant du poids-lourds diesel au vélo en passant par les camions au GNC ou les utilitaires électriques. Il s’agit de répartir les missions en mixant les énergies disponibles dans la flotte et tenant compte des temps de rechargement ou de ravitaillement, de l’autonomie et de la capacité des véhicules.

La géolocalisation permet d’optimiser les tournées en amont puis a posteriori sur la base de la remontée des parcours. Les applications de suivi de missions deviennent également incontournables sur le marché B2C comme B2B afin d’informer le destinataire final et de proposer le créneau de livraison le plus réaliste. Le stockage doit lui aussi être optimisé notamment par la démocratisation du WMS et la mutualisation du fret dans des entrepôts logistique urbains à l’image de ceux de Chronopost sur son site de Beaugrenelle ou de la place de la Concorde. Pour rattraper les expressistes mondiaux qui investissent des millions d’euros en véhicules électriques et pour digitaliser leurs process de livraisons, nombre de PME transport spécialistes du dernier kilomètre verdissent leur flotte et s’équipent en technologie d’optimisation de la livraison urbaine.

Urby ou l’association ELU-TMS

Créée en 2017 par La Poste, Urby offre une solution de livraison aux chargeurs et transporteurs pour lesquels l’accès au cœur des villes est difficile. Présente en septembre 2020 dans 17 métropoles françaises, Urby y a déployé des points de stockage de 2.000 à 4.000 m2 en périphérie et connectés à des entrepôts logistiques urbains (ELU) de 200 à 400 m2 au cœur des villes afin de mutualiser différents lots puis de livrer les colis par mode de transport écoresponsable (vélo, véhicule gaz et électrique). Mais pour réussir son pari de devenir la porte d’entrée des marchandises en zone urbaine dense et de couvrir 10% de la massification des flux de 22 métropoles françaises d’ici 5 ans, la start-up s’appuie sur ses logiciels TMS et WMS pour optimiser les tournées et les stocks.

Urby utilise le TMS Teliway de Teliae et le WMS Stock-it, en cours de déploiement, fréquemment utilisés par les professionnels de la messagerie qui représentent 60% des clients contre 40% de chargeurs et distributeurs en propre. Les outils sont accessibles en mode SaaS et interfacés entre eux, avec des transferts EDI ou des partages FTP. Et pour les TPE-PME, Urby a développé le portail web Urby Online avec Shiptify qui permet à un client de saisir ses demandes d’enlèvement ou de livraison qui remontent ensuite dans le TMS. « La livraison du dernier kilomètre doit répondre à plusieurs enjeux : mutualiser les stocks à proximité des agglomérations, garantir la traçabilité des flux à un client et assurer le transfert de responsabilité des marchandises, optimiser les tournées pour réduire l’empreinte carbone », explique Delphine Janicot, directrice commerciale d’Urby. « Notre premier niveau d’optimisation des flux réside dans la mutualisation du fret dans les ELU à l’aide du WMS Stock-it interfacé à Teliway afin de gérer le stockage et la préparation de commande, en permettant aux clients de visualiser leur stock et de commander en ligne des produits. Pour le transport nos équipes créent en amont des plans de tournées urbaines dans Teliway qui tiennent compte des problématiques d’accès par type de véhicule et encourage la création de tournées à faible émission de CO2 », précise-t-elle. Le logiciel élabore des tournées adaptées à la flotte d’Urby constituée de véhicules électriques ou GNV pour le transport des palettes et de vélos ou utilitaires électriques pour la livraison finale de petits colis tandis que les colis volumineux sont acheminés par poids lourds Diesel.

Mobilité et interface web

Les conducteurs, en propre ou sous-traitants, sont équipés de l’application Telimobile pour recevoir et gérer leurs missions tout en remontant les statuts et positions à chaque livraison. « On observe des attentes aujourd’hui similaires entre les clients B2C et B2B en matière de traçabilité, d’information en temps réel sur les étapes de livraison et d’accès web ou mobile aux données. On retrouve chez les entreprises le niveau d’exigence des clients particuliers sur la prise de rendez-vous, le taux de service, la récupération d’emballage… », commente Delphine Janicot. Pour cette raison les clients disposent d’un accès à l’interface web de Teliway pour consulter le suivi des livraisons, les rapports avec les codes inovert des différents statuts, les réclamations, etc. Cette stratégie phygitale d’optimisation des livraisons en ville permet à Urby d’opérer les livraisons de Gefco, Dachser ou d’Eram.

VIR Transport connecte la flotte

Autre cas celui de VIR Transport, spécialiste de la livraison urbaine de produits lourds et encombrants aux particuliers pour des clients tels qu’Ikea, Amazon, Carrefour, Vepee, Made ou Ubaldi. Le transporteur qui a réalisé plus de 70 M€ de CA en 2019, a investi 2M€ dans la flotte électrique et pour déployer un TMS (Akanea) ainsi qu’un WMS plus moderne afin de répondre aux enjeux économiques et écologiques de la logistique urbaine. VIR a de plus déployé un CRM pour améliorer le suivi de la relation client et a équipé la flotte avec la solution télématique de suivuideflotte.net pour remonter les données des tournées et des véhicules. « Nos clients attendent une prestation de qualité mais aussi de plus en plus une remontée continue des données de tracking ainsi qu’une empreinte carbone réduite. La stratégie de VIR Transport, qui consiste à exploiter des véhicules propres, repose en partie sur les outils digitaux », confie Serge Conynck, responsable sécurité réglementation et qualité de VIR Transport. Le TMS Akanea est couplée à l’informatique embarquée afin de remonter les statuts de tournées et les réoptimiser au fil de l’eau.

Le transporteur, qui compte déjà une cinquantaine de véhicule GNV, prévoit d’améliorer le module d’optimisation afin qu’il tienne compte des différentes énergies des véhicules pour élaborer les tournées. Il exploitera pour cela les données des flottes électriques disponibles sur le portail de suivideflotte.net : indication du niveau de charge de la batterie, heure de fin de charge, rapports qui intègrent les kilomètres parcourus en freinage régénératif, etc. L’analyse des données techniques de la flotte fournit à VIR les rapports d’émissions de CO2 qui sont exigés par les chargeurs. Et pour garantir de faibles émissions de carbone, même sur les véhicules Diesel, les conducteurs de VIR utilisent l’application Optidriving d’écoconduite adaptée aux zones urbaines. En outre, pour réduire la casse fréquente en livraison urbaine et anticiper l’entretien du parc, VIR utilise l’application mobile suivideflotte.net pour prendre en photo les véhicules avant leur départ. Le système identifie les problèmes visibles et remonte les informations au gestionnaire de parc qui peut programmer une intervention.

GreenPlan 20% moins cher

Preuve de l’enjeu d’optimiser les tournées de dernier kilomètre, DHL a créé sa start-up Greenplan pour développer ses propres algorithmes de calcul d’itinéraires. L’outil de planification Greeplan s’appuie sur l’historique de circulation au niveau des rues, les données de temps de trajet du parc, le type de chargement, le respect des règlementations, l’emploi du temps des prestataires ainsi que les émissions par type de véhicules et peut ainsi déterminer l’heure optimale de départ des tournées. « Cela permet ainsi à nos clients d’économiser jusqu’à 20% de leurs coûts par rapport aux solutions standards d’optimisation des itinéraires et d’atténuer leur empreinte carbone en conséquence, en réduisant simplement les kilomètres parcourus », explique le Dr Clemens Beckmann, PDG de Greenplan. En phase de test en Allemagne, Greenplan s’ajoute à la liste de solutions innovantes déployées par l’expressiste pour atteindre son objectif de zéro émission d’ici 2050 : flotte électrique, consignes SwipBox, offre DHL Click and Bring avec Relais Colis, livraison collaborative avec You2You, drones ou robots livreurs, etc.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
Partager sur email
Email

LES DERNIERS ARTICLES

RECHERCHE D’ARTICLES