Chappat Transports ou comment disparait une entreprise

Voici un témoignage exceptionnel

Les Transports Chappat, Polliat (01), 30 tracteurs Iveco et 35 semi-remorques, ont été liquidés le mercredi 29 avril 2020 par le tribunal de commerce de Bourg-en-Bresse, année d’un triste 40ème anniversaire de la transformation de l’entreprise. Philippe Chappat PDG, avec qui nous nous sommes entretenus, souligne de la dernière crise sanitaire n’est pour rien dans les difficultés du transporteur. Celles-ci ont commencées au moment où les pays de l’Est sont entrés dans l’Europe communautaire. Les transports Chappat s’étaient spécialisés dans les marchandises industrielles et alimentaires sur l’Italie … petit à petit le trafic a été grignoté par les low-cost des pays de l’Est jusqu’à disparaitre pratiquement en totalité. A partir de maintenant pour la suite de cet article, c’est l’ancien dirigeant qui s’exprime et qui raconte l’histoire de son entreprise dans un moment particulièrement  brutal. Transport-Location Henri Chappat avait été créé par le père du dernier dirigeant Philippe Chappat qui est entré dans l’entreprise en 1980. Il s’agissait au départ de transport de combustibles en citerne qui a évolué vers le transport routier international  et des lignes régulières en messagerie en France. En 1992, le fondateur transmet l’entreprise à des fils Philippe et Didier Chappat.  Nous remercions vivement Philippe Chappat pour ce témoignage émouvant et sincère.

Transports Chappat, l’histoire de l’entreprise depuis 1980

« C’est au mois d’Août 1980 qu’a été créé la SA Chappat Transports par mon père en absorbant le fonds de commerce qu’il avait lui-même créé en 1965. Moi c’est à 19 ans, avec un Bac comptable en poche que j’ai intégré Transports-Locations Henri Chappat, un an avant sa transformation en Société Anonyme. Ce n’était pas par conviction mais simplement parce qu’à cet âge, on ne sait pas forcément dans quel sens orienter sa vie. La SA a donc été créée avec l’aide de M. Jean François Tenoux, PDG de la Société de transports du même nom à Bourg-en-Bresse, pour lequel mon père travaillait depuis des années. Ainsi que de son chef comptable, M. Serge Mazuir, à qui je dois ma véritable formation de comptable gestionnaire. Je tiens à leur rendre hommage à tous les deux car mon père étant dans une passe difficile, c’est pour le soutenir qu’ils ont pris part à son entreprise. Généralement lorsqu’une grande entreprise prend des parts dans une plus petite, c’est pour finir par l’absorber. La générosité et les affaires font rarement bon ménage. Mais ceux-ci se sont retirés et sans en demander le moindre bénéfice, dès que Chappat Transports a retrouvé un nouveau souffle. Il faut savoir ce que l’on est, mais surtout d’où l’on vient, de qui l’on tient ce que l’on possède, de ce que l’on a en soit. Je n’ai fait que reprendre la suite de ce que mon père a créé et a eu le courage de porter seul sur ses bras durant des années.

Développement du transport international

Didier, mon frère, m’a rejoint quelques années plus tard en 1983 pour compléter mes compétences plutôt atypiques pour un transporteur, n’ayant jamais passé de permis poids lourds et n’ayant pas beaucoup de gout pour les camions ni pour la mécanique. Nous formions donc un binôme très complémentaire pour développer, avec l’aide de mon père, une entreprise évoluant dans un secteur où l’engagement personnel, la charge de travail, les responsabilités et les difficultés sont bien lourdes pour un homme seul. Mon père nous a donc transmis, et non cédé, la Société en 1992 où nous avons été nommés respectivement PDG et DG à parts quasiment égales.

Du transport national, notre Société s’est rapidement tournée vers le transport international. Ayant perdu le trafic Fontaine-Charpy, autre client important des Transports-Locations Henri Chappat, et le transport intérieur, contrairement aux transports internationaux, étant soumis à licences dont le coût était trop important pour nos possibilités de l’époque, c’est sur l’Italie où mon père avait déjà commencé à s’aventurer que nous nous sommes spécialisés. D’une dizaine de véhicule en 1980, nous sommes progressivement passés à une trentaine en 20 ans. Ces 20 ans de la Société que nous avons fêté à la salle des fêtes de Polliat lors du passage à l’an 2000 avec l’ensemble de nos salariés.

Exerçant pratiquement à 100% notre activité entre la grosse région Parisienne et le nord de l’Italie avec un service de plus en plus exigeant où l’express est devenu la norme, nous avions notre place et notre Société était reconnue et appréciée sur cet axe. Nous avons servi en sous-traitance beaucoup de grands groupes de transports mais aussi des clients comme Danone, Kodak, Dior et Philips qui nous a  chaque année accordé la 1ere ou la 2me place lors du challenge annuel de leurs transporteurs.

Les principales difficultés

Des difficultés, par notre activité, nous n’avons connu que cela. Les pannes, les accidents, la fiabilité du personnel, les problèmes climatiques, les grandes grèves, les chocs pétroliers, la fermeture du Tunnel du Mont Blanc à la suite de son incendie dramatique, la sureté des hommes, des véhicules et des marchandises… mais surtout le fait que nous ne pouvions fermer les portes à 19H pour ne les ouvrir que le lendemain à 8 H. Les camions roulent de jour comme de nuit pour que l’industrie et le commerce soient approvisionnés, pour que l’économie fonctionne tout simplement.

Mais si la pandémie du COVID-19 nous a achevé, c’est l’élargissement de l’Europe aux pays de l’Est entre 2004 et 2007 qui nous a tué à petit feu. Même la crise des subprimes n’a été qu’un incident un peu plus difficile que les autres. Comment, alors que le coût est devenu un facteur bien plus prépondérant que la qualité de service, rivaliser avec des pays où les chauffeurs ont des rémunérations 2 ou 3 fois inférieures aux nôtres, des charges sociales 2 fois moins importantes et des temps de travail nettement plus importants. Pour être honnête, c’est surtout de ne pas avoir prévu qu’ils allaient nous fermer les portes du trafic international en 7 à 8 ans et nous faire perdre 100% de notre chiffre d’affaires sur cette période. Donc de ne pas avoir profité de notre solidité pour orienter l’entreprise que je dirigeais vers des secteurs moins concurrencés ou de façon plus égale.

Les raisons de la fermeture

Notre chiffre d’affaire s’étant réduit de 6 700 000 € à 4 500 000 € en 8 ans, nos résultats ont suivi la même courbe pour devenir négatifs et même fortement ces 2 dernières années en raison de la baisse d’activité et des prix, de la forte augmentation des contraintes administratives et des difficultés de recrutement. Une certaine lassitude face à l’évolution des mentalités qui rend exécrable les rapports avec la plupart des clients et avec beaucoup de nouveaux entrants dans cette profession, toute une génération partant progressivement en retraite. Le fait que le transport intérieur prend petit à petit le même chemin que le transport international. Et enfin la crise économique que crée cette pandémie du Covid-19, d’une ampleur sans précédent pour toutes les économies et dont nous n’avons encore aucune idée des répercutions à moyen et long terme.

La suite

C’est une page à ouvrir. Peut-être faire autre chose, sûrement d’apprendre à mieux vivre et d’avoir la sagesse de tirer des leçons des 40 années passées. Dans un premier temps, c’est une liquidation approuvée par le tribunal de commerce le mercredi 29 avril 2020, l’année de notre 40me anniversaire. Donc une fermeture définitive et des camions qui n’auront probablement plus leur place au 326 Route de Bourg-en-Bresse à Polliat »

 

 

 

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Une réponse

  1. Les rapports exécrables avec de nouveaux entrants dans la profession…. ou le manque de confiance, de politesse et de correction des employeurs envers leurs chauffeurs lors des « entretiens » qui se soldent à la batte de baseball planquée sous le bureau…
    Mais on le sait bien, les temps sont durs et plus personne ne veut rouler! On se demande pourquoi…

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