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Bourses de fret : la data au cœur des échanges

Renaud Chasle
Ecrit par Renaud Chasle
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En se connectant aux TMS, aux portails collaboratifs ou aux solutions de traçabilité, les bourses de fret veulent traiter la Data pour simplifier la gestion du transport

Au fil du temps, les bourses de fret ont placé la Data au cœur de leurs systèmes. A force de développements pour enrichir les fonctions de leurs logiciels ou de nouvelles applications pour améliorer la mise en relation entre commissionnaires et transporteurs, elles ont fortement contribué à digitaliser des processus autrefois manuels. Les bourses ne se contentent plus de proposer des offres de transport et de fret. Elles gèrent désormais toute la documentation associée à chaque transport et aux transactions. Elles intègrent le suivi des tournées et la remontée des étapes de livraison ou des lettres de voiture. Elles cherchent aussi de plus en plus à s’interfacer avec les TMS et ERP des transporteurs et des chargeurs pour uniformiser le traitement des transports, de la commande à la livraison finale.

Hébergées sur le Cloud et profitant de serveurs de calcul ultra-puissants, les bourses de fret bénéficient de socles techniques performants capables de gérer des millions d’ordres ou de transactions sans risque de perte de données ou d’intrusion. Via des API et connecteurs internet, il est plus facile des les interfacer aux TMS et ERP des entreprises. En outre la puissance du Cloud tend à démocratiser le déploiement de fonctions d’analyse de Data à l’aide d’algorithmes auto-apprenant qui génèrent des rapports de performance ou de rentabilité du transport. Les bourses de fret ont également intégré la mobilité des conducteurs en proposant des applications smartphone de recherche ou dépose de fret mais aussi de track&trace, de gestion sociale ou de eCMR.

Les fournisseurs répondent ainsi aux attentes des chargeurs qui réclament un accès simple et intégré à leurs systèmes d’information, des fonctions de traçabilités, des portails collaboratifs et plus de visibilité. La digitalisation est aussi une étape incontournable pour rivaliser avec les startups de la logistique 4.0 et leurs nouvelles plateformes d’intermédiation. Pour intégrer de nouveaux services et rester concurrentiels, les acteurs historiques, Teleroute, B2Pweb ou Timocom, ont grossi par acquisition et création de filiales ou encore en multipliant les partenariats.

B2PWeb couvre tous les besoins

Fin 2018, B2PWeb a refondu le cœur technique de la bourse pour lui permettre de supporter des volumes croissants de data et de nouvelles fonctionnalités. La plateforme, qui gère 325 000 camions connectés et plus de 15000 clients, doit aussi faciliter les interfaces avec les TMS du marché et bénéficie des filiales sœurs S2PWeb (GedTrans, GedMouv) et S3PWeb pour accompagner la mise en relation entre chargeurs et transporteurs d’une foule de services dématérialisés de gestion des tournées. B2PWeb veut faciliter la digitalisation du transport en tenant compte des problématiques de conduite du changement et de multiplication des systèmes dont souffrent les entreprises. La société noue des partenariats et conçoit les interfaces techniques afin d’uniformiser les outils et, dans la mesure du possible, les langages et process de chaque intervenant de la chaîne logistique.

« Pour répondre aux demandes des chargeurs principalement, nous avons mis en place avec PTV le calcul d’ETA (horaire estimé d’arrivée) en fonction de la position GPS du camion et de ses destinations. Grâce à l’agrégateur de données de S3PWeb et à ses connecteurs, nous pouvons collecter les coordonnées GPS depuis l’application GedMouv’ mais aussi depuis les systèmes embarqués dans les véhicules », explique Audrey Cayetano, responsable service produit de B2PWeb. Dans le souci de laisser aux transporteurs la maîtrise de leurs données, S3PWeb et GedMouv’ transforment les informations précises de tournées en une simple ETA, suffisante pour le chargeur. La filiale de S2PWeb continue parallèlement d’étendre les interfaces par web services avec les TMS. « GedMouv’ est connecté avec Item, Cofisoft, Generix, GPI, Hardis, OMP, Soloplan, Strada ou Systrans. Notre objectif est d’être interfacé avec tous les logiciels pour simplifier la gestion et éviter les doubles saisies entre l’arrivée d’une commande et la remontée des données de traçabilité ».

Gestion de mission et eCMR

Le prestataire exploite en outre le savoir-faire de GedTrans en matière de dématérialisation de documents pour intégrer à l’offre la lettre de voiture électronique. « Via l’application Gedmouv’, le conducteur peut valider toutes les étapes de transport, remonter des réserves, des quantités de palettes échange, prendre des photos des palettes puis faire signer le client final pour valider la livraison. A ce moment, le serveur GedMouv’ génère une CMR électronique qui reprend l’ensemble des informations du TMS enrichies par le conducteur. Cette eCMR est immédiatement accessible par tous les acteurs ». Des premiers tests d’interfaces ont été réalisés en fin d’année 2018 chez les transports Jolival (49) pour dématérialiser les lettres de voiture depuis le TMS ou le portail Track&Trace et partager les données avec ses clients. Depuis quelques mois les donneurs d’ordre ont la possibilité d’établir des tournées organisées et de les envoyer aux transporteurs qui les réajustent si besoin avant de les envoyer sur l’application mobile GedMouv du conducteur. Depuis son smartphone, il reçoit ses missions à effectuer et peut valider le statut de livraison de plusieurs commandes. B2PWeb compte aussi sur son Lab Innovation créé en 2018 pour améliorer l’intelligence artificielle ou l’analyse des Data et renforcer la sécurité à l’aide de blockchain par exemple.

Alpega optimise la Data

Chez Alpega aussi, la Data est le moteur de croissance. Le groupe belge, qui détient déjà Teleroute-Nolis et les bourses 123Cargo et Bursa, a repris en 2018 l’espagnol Wtransnet et travaille aux interfaces entre tous ces portails et le TMS de la filiale Transwide ou les logiciels de gestion des appels d’offre Inet. Le groupe veut proposer une offre digitale complète à près de 70.000 transporteurs et 20.000 fournisseurs connectés dans 80 pays mais aussi sectoriser les places de marché par zone géographique, à l’image de Wtransnet qui restera concentrée sur le marché de la péninsule ibérique ou BursaTransport sur les pays de l’Est. Parallèlement l’éditeur crée des passerelles logicielles avec ses TMS et plateformes collaboratives. « Alpega veut aider les transporteurs à optimiser les tournées dans leurs TMS et à mieux collaborer donc à réduire les kilomètres à vide grâce à une offre de fret mondiale. Nous travaillons à toujours plus digitaliser les bourses de fret pour rendre les opérations plus intelligentes et plus automatisées. Des réflexions sont en cours pour développer les passerelles entre les bourses de fret et proposer une offre plus globale aux chargeurs et transporteurs, par exemple entre Teleroute et Wtransnet pour des offres allant d’Espagne vers le Benelux », confirme Fabrice Maquignon, directeur général de Teleroute et Transwide.

IA et prévisions de volumes

« Alpega se concentre sur trois éléments clés afin d’optimiser les opérations de transport : combiner aux places de marchés (bourses de fret) des applications « best of breed » de prise de rendez-vous, de suivi de l’exécution du transport ou de gestion des appels d’offre transport avec la volonté de les intégrer le plus facilement possible pour les utilisateurs ; renforcer le réseau de transporteurs connectés grâce à des services de gestion documentaire ou de contrôle de conformité tel le service Doc et Data de Wtransnet ; travailler sur les Data pour apporter de la valeur aux entreprises à l’aide d’analyse prédictive ». L’éditeur exploite pleinement les nouvelles technologies pour proposer aux utilisateurs des outils d’aide à la décision basés sur l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle, à l’aide de techniques prédictives de simulation ou de modélisation statistique. L’objectif est de prédire les évolutions futures de l’offre et de la demande ainsi que des tarifs et de s’y préparer.

Timocom connecte les systèmes

L’allemand Timocom se concentre sur le développement d’une offre globale de gestion du transport et de la logistique du futur en multipliant les plateformes et interfaces logicielles avec les systèmes d’information des transporteurs. Fort d’une nouvelle identité visuelle et du slogan Smart Logistics System, Timocom se définit désormais comme prestataire de services informatiques et d’applications unifiés à destination de ses 127 000 utilisateurs. L’éditeur intègre de plus en plus ses solutions TC Truck&Cargo dans les TMS des transporteurs à l’aide de l’API TC Connect. Le logisticien allemand Buhr (65 tracteurs) en bénéficie par exemple pour ajouter automatiquement les offres de fret dans la bourse dès la création de commandes ou d’ordres de transport dans son TMS Gehr Dispo SP. « Les employés du service d’octroi des chargements n’ont plus qu’une case à cocher dans le TMS. Les données sont ensuite directement transférées dans la base de données de Timocom. Une fois les partenaires de transport adéquats trouvés, l’offre de chargement est automatiquement supprimée. Plus de double saisie ni de perte de temps. Cela nous permet de gagner jusqu’à 4 heures par semaine », se réjouit le dirigeant Walter-Christoph Buhr.

Interfaces télématiques

Autre exemple chez Spedition Schwarz qui sous-traite 20% de ses 80 000 transports annuels à des tractionnaires utilisateurs de la plateforme TimoCom. Afin de géolocaliser ces transporteurs équipés de solutions télématiques hétérogènes et de remonter leurs données de mission dans le TMS de l’entreprise, TimoCom a créé avec Arvato Systems une interface d’accès aux données GPS capable de les extraire sous un format unique. L’éditeur s’est pour cela rapproché de plus de 230 fournisseurs de services télématiques. Grâce à l’interface GPS, Spedition Schwarz voit automatiquement si un partenaire de transport a pris du retard et peut informer ses clients.

Timocom propose aussi un panel d’applications mobile qu’elle étend à l’aide de partenaires dont UTA par exemple. Depuis un an, les 44 000 stations-service du fournisseur de cartes carburant sont intégrées au module de planification TC eMap de Timocom afin d’optimiser les ravitaillements en même temps que les tournées. En outre les conducteurs peuvent consulter sur leur smartphone les horaires actuels, les positions de parkings sécurisés, de terminaux de péage et de stations avec les types de carburants disponibles.

Avantages et freins des portails collaboratifs

Avis d’expert, Fabrice Maquignon, Alpega
« Mettre en place une plateforme intégrée au service des transporteurs et chargeurs représente des avantages majeurs. L’objectif est de rendre la chaîne logistique plus efficace en agissant sur la minimisation des temps d’attente, l’amélioration de la communication digitale entre les différents intervenants, la réduction des frais de traitement des ordres de transport, l’allégement et l‘uniformisation des tâches administratives, etc. Les systèmes collaboratifs permettent aussi d’optimiser le remplissage des camions et de réduire l’empreinte carbone. Les freins à leur adoption sont la modification des habitudes des utilisateurs et la complexité de déploiement lorsque les connecteurs entre les différents systèmes n’existent pas encore. Une plateforme dans le Coud permet à cet égard d’intégrer rapidement de nouveaux utilisateurs sans qu’il y ait besoin d’installer des logiciels ou des systèmes informatiques élaborés chez le client ».

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