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Véhicules autonomes : un outil d’avenir pour les professionnels du transport?

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Réel débat de société, les véhicules autonomes intriguent et divisent l’opinion. Depuis le début des années 1990, les pouvoirs publics n’ont eu de cesse de vouloir renforcer la sécurité routière et tenter de rendre nos routes plus sûres : permis à points, augmentation du nombre de radars, durcissement des dépistages alcool et stupéfiants etc. Malgré toutes ces mesures, le gouvernement français peine à enrayer l’augmentation du nombre de morts sur nos routes qui ont encore tué 3 464 personnes l’an dernier.

Prenant le contrepied de la politique routière répressive menée par la plupart des gouvernements européens, de nombreux constructeurs cherchent eux aussi à rendre les routes plus sûres et à protéger au mieux les usagers, en misant cette fois sur l’appui technologique. En effet, lors de la dernière décennie, les véhicules utilitaires et particuliers se sont transformés en de réels concentrés de technologie. Ils embarquent  des outils d’aide à la conduite toujours plus nombreux et sophistiqués : régulateur/limiteur de vitesse, affichage tête-haute, détecteur de franchissement de ligne, détecteur de fatigue, GPS…  Mais les constructeurs veulent aller plus loin.

Impensables il y a quelques années de cela, les premiers véhicules autonomes ont ainsi fait leur arrivée sur routes ouvertes et pourraient bien révolutionner l’industrie du transport.

Néanmoins, ce qui pourrait représenter un formidable atout en matière de sécurité pour nos routes soulève de nombreuses questions et inquiétudes dans la plupart des professions routières (chauffeurs livreurs, routiers, taxis…). Quels sont les enjeux des véhicules autonomes pour les professionnels routiers et sont-ils réellement un atout ou un danger pour eux et nos routes?

Rendre nos routes plus sûres, un enjeu de taille.

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Ce n’est pas un scoop, les conditions de travail des professionnels de la route se sont considérablement dégradées au cours des années passées. Ces derniers doivent en effet faire face à des horaires de travail allongés, à des pauses réduites et souvent non respectées à cause d’objectifs démesurés : de plus en plus de routiers avouent prendre des risques au volant. La fatigue et le stress ont en effet une incidence très négative sur la vigilance et les comportements routiers.

Les seuls poids-lourd représentaient l’an dernier 56 morts et 645 blessés sur les routes françaises. Les comportements dangereux sont en constante augmentation, de plus en plus d’usagers de la route n’ont pas hésité à les dénoncer, poussant le gouvernement à se saisir du cas des poids-lourds et autres véhicules de livraison.

En étudiant d’un peu plus près les accidents routiers impliquant des véhicules professionnels (camions/utilitaires), on remarque que la quasi-totalité des accidents proviennent d’erreurs humaines. Certains constructeurs comme Tesla sont ainsi partis du principe que ces erreurs pourraient être évitées. Ils ont ainsi tenté de développer des outils d’aide à la conduite encore plus poussés dans le but d’assister et sécuriser au mieux à l’avenir les utilisateurs de ces véhicules.

Des avancées encourageantes pour les premiers véhicules.

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Depuis quelques mois, les projets de véhicules autonomes sont en plein boom. Les fruits de plusieurs années de recherche chez les constructeurs commencent à mûrir et se révèlent très intéressants. Ainsi, chez les poids-lourds, les premiers essais de convois autonomes ont été lancés en Europe depuis le début d’année. Ces derniers commencent à nous donner un aperçu des potentiels bénéfices en terme de rendement et de sécurité.

Dès avril, six constructeurs phares du marché poids-lourds mondial se sont lancés dans l’European Truck Platooning Challenge et ont tenté de sillonner le continent à bord de camions autopilotés, circulant en files. Encore en phase expérimentale, ces camions autonomes sont restés sous la surveillance humaine (un chauffeur dans chaque cabine) afin de pouvoir contrôler le bon déroulement de l’opération mais également pouvoir notifier les éventuels défauts ou points d’amélioration du projet. Cette première opération s’est soldée sur un bilan très positif et satisfaisant pour les constructeurs engagés qui n’ont pas manqué de communiquer abondamment sur le challenge via les médias et réseaux sociaux.

Le fonctionnement de ce type de convoi autonome est assez simple : seul le premier véhicule était réellement conduit par un chauffeur, le reste du convoi suivait le véhicule de tête en adaptant de façon totalement automatisée, sa vitesse et sa distance de sécurité. L’autonomie quasi complète du convoi est-elle rendue possible par une batterie de capteurs haute sensibilité qui équipent chaque véhicule, leur permettant un repérage et un suivi de position permanent. Les camions sont également reliés les uns aux autres par un système WIFI leur permettant une synchronisation parfaitement fluide avec le premier camion, conduit par le chauffeur.

Outre la réduction des erreurs humaines qui pourraient faire très fortement diminuer le nombre d’accidents, les constructeurs vantent les bénéfices écologiques réalisables grâce aux convois autonomes. Ceux-ci permettraient entre autre, une baisse de la consommation de carburants et émissions des camions par le maintien d’une vitesse constante sur un trajet (jusqu’à moins 10%). Le transport routier est  en effet souvent montré du doigt pour ses rejets de CO2 et particules polluantes bien plus importants que les industries du fret ferroviaire ou aérien.

Des questions en suspens.

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Premiers arguments des détracteurs des véhicules autonomes : la place de l’homme et la survie de l’emploi dans l’industrie du transport et de la livraison. Très largement plombée par un contexte économique peu favorable et les crises à répétition, la filière entière pourrait se retrouver encore davantage fragilisée par l’arrivée sur nos routes de pareils véhicules, susceptibles de condamner des millions d’emplois dans le monde.

Le scandale Tesla et l’accident dû à un défaut de fabrication sur l’une de ses voitures autonomes en milieu d’année 2016 sont venus semer le doute et poser la question du réel bénéfice en matière de sécurité de ces inventions. Sont-elles vraiment la solution? Rien n’est moins sûr.

Néanmoins, les meilleurs spécialistes s’accordent à dire que l’arrivée de véritables convois autonomes, fiables et permettant suffisamment de recul ne devraient voir le jour qu’à l’horizon 2050. Rappelons-nous toutefois du cas d’autres types de transport bien connus tels que l’avion ou encore le métro, qui ont eu aussi par le passé connu l’automatisation. Leurs bénéfices en matière de productivité et de fiabilité sont aujourd’hui incontestables et ne cessent même de progresser. Fort à parier que les développeurs de nos futurs véhicules de transports autonomes devraient se calquer sur ses réussites dans les années à venir.

Article rédigé par MachineryZone

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