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Transport routier, comment recaser les chauffeurs ex-LOTI ?

Elisabeth Borne, Ministre des Transports, et Muriel Penicaud, Ministre du Travail, ont signé une convention de partenariat devant les représentants de la profession. Crédit photo : A. Bouissou - MTES
Jean-Yves Kerbrat


La pénurie de conducteurs routiers a donné une idée au gouvernement qui avait sur le dos le dossier empoisonné des conducteurs LOTI qui, titulaire d’une licence de transport, pouvaient devenir conducteur VTC après avoir validé 12 mois de pratique (reconnaissance de l’expérience professionnelle) ou avoir réussi un examen au taux de réussite très faible (36%). Le niveau étant relativement élevé, il fallait le préparer activement pour le réussir. A priori, il s’agit d’une population réfractaire au bachotage. D’ailleurs, cet examen fait actuellement l’objet d’une mission de réflexion conduite par les deux ministères, qui formulera un diagnostic et des propositions d’évolution dans les prochaines semaines.

Conducteur un métier complet qui s’apprend

Aujourd’hui, le problème devenait crucial car la loi Grandguillaume du 29 décembre 2016 a mis fin depuis le 30 décembre 2017 à la possibilité pour les conducteurs LOTI d’exercer une activité de transport public particulier de personnes dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, et impose désormais que ces prestations soient uniquement exercées par des conducteurs de taxi ou des conducteurs de VTC. Les chauffeurs qui exerçaient cette activité sous statut LOTI ont bénéficié d’une période transitoire en 2017, durant laquelle ils ont pu accéder aux statuts de taxi ou de VTC. C’est maintenant terminé. Mais comme le gouvernement s’y était engagé, un dispositif spécifique a été mis en place pour accompagner ces chauffeurs dans leur reconversion professionnelle.

La formation nécessite de gros investissements

Dans un premier temps et dès décembre 2017, le Ministère des transports a ainsi mis en place une cellule dédiée, qui a déjà permis d’accompagner environ 1 700 chauffeurs ex-LOTI dans leurs démarches administratives pour la reconnaissance de leur expérience professionnelle. La période transitoire étant achevée, les ministères des transports et du travail souhaitent désormais les accompagner dans leurs évolutions professionnelles. C’est le sens de la convention signée, le lundi 5 février, avec Pôle Emploi, l’AFPA, l’AFT et certaines organisations d’employeurs du transport routier (marchandises, logistique, voyageurs, déménagement).

Les candidats doivent avoir une vision d’avenir

« Il s’agit de proposer à ces conducteurs des perspectives de reconversion dans le secteur du transport routier qui connaît de très gros besoins de recrutement, ou d’accompagner les chauffeurs dans leurs formations pour repasser l’examen d’accès à la profession de conducteur VTC et taxi. » précise conjointement Muriel Penicaud, Ministre du travail, et Elisabeth Borne, Ministre chargée des Transports, qui ont signé cette convention de partenariat. Pour cela, un Forum Emploi Transport sera organisé le 23 février en Ile-de-France. Il proposera un accueil personnalisé des conducteurs avec un premier examen de leur situation individuelle. Des entreprises du secteur y seront présentes afin de parler métier et perspectives afin de favoriser des recrutements.

Jean-Marc Rivera, OTRE

Evoquant la signature de cette convention, Jean-Marc Rivera, secrétaire général de l’OTRE, qui vient de déposer une demande officielle pour devenir membre de l’AFT aux côtés de ses confrères, a un doute sur la pertinence de la démarche qui va se heurter à quelques difficultés. En effet, dans le cas présent, les ex-LOTI sont des entrepreneurs individuels qui ont tenté sans succès de devenir taxi ou VTC « Soit, ils n’avaient pas l’expérience requise, soit ils ont échoué à l’examen probablement parce qu’ils n’ont pas eu la volonté de suivre la formation facultative prévue à cet effet, leur permettant de réussir l’examen, et pour certains, il s’agissait aussi de ne pas obtenir leur carte professionnelle par manque d’honorabilité, après production d’un casier judiciaire » détaille Jean-Marc Rivera qui rappelle que les métiers du transport routier, pas seulement celui de conducteur,  nécessite une formation sérieuse, de réelles motivations et qu’il ne faut pas l’ouvrir à des personnes qui ne sont pas fiables compte tenu des responsabilités. Si ce constat est exact, il sera difficile de reclasser, dans les métiers du transport, des candidats qui en l’absence d’expérience ne souhaiteraient pas s’inscrire à minima dans un cycle de formation. « Néanmoins, l’OTRE est prête à relever le défi et à accompagner le gouvernement dans son objectif de reclassement des ex-LOTI vers nos métiers »  conclut Jean-Marc Rivera.

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