Vie des entreprises

Transport routier, un conflit social où il ne faut pas tout mélanger !

Edouard Philippe, Premier ministre et Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, présentant les ordonnances pour renforcer le dialogue social le 31 août
Jean-Yves Kerbrat
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Les semaines se suivent et se ressemblent. Ce lundi 25 septembre, deux organisations syndicales des salariés du secteur du transport routier, CGT et FO, annoncent des actions sur tout le territoire avec des opérations escargot et des blocages routiers et de dépôts pétroliers. Comme la fois précédente, en juin 2017, les automobilistes ont commencé à faire des pleins de précaution durant tout le week-end… on ne sait jamais. L’opération de communication de la CGT, car il semble qu’il n’y ait que Philippe Martinez et Jérôme Vérité qui prennent la parole, semble porter ses fruits car une partie de la population a déjà pris d’assaut certaines stations-services notamment en Ile de France. Comme en juin dernier, l’expérience est utile, la mobilisation a été très faible, mais pour bloquer un dépôt pétrolier ou un axe routier, il faut quelques camions. La première chose à faire de la part des patrons serait de garder les camions sur les parcs au moins quelques heures en début de semaine.

Cela dit, le gouvernement est sur le pont, très attentif à ce qu’il va se passer. Après la lettre de la ministre des transports, adressée vendredi soir aux organisations professionnelles et syndicales, voici aujourd’hui Muriel Pénicaud qui prend la parole lors du Grand rendez-vous Europe 1-Les Echos-CNews. Elle a répondu aux questions relatives à la pression mise par les salariés du transport en reconnaissant qu’il fallait tenir compte des spécificités au transport routier « un secteur très concurrentiel constitué de beaucoup de petites entreprises » en ajoutant « Il est clair qu’il faut regarder la situation dans les transports, ça ne se fait pas du jour au lendemain, ça demande des discussions plus approfondies ».

Muriel Pénicaud

Compte tenu de cette déclaration, nous avons demandé, dès dimanche soir, à Jean-Marc Rivera, Secrétaire général de l’OTRE de réagir « D’une part, la ministre fait allusion à la question des conducteurs d’hydrocarbures. Pour l’OTRE, on ne peut accepter de voir resurgir la question des conducteurs d’hydrocarbures sous couvert des grèves contre les ordonnances de la loi travail.  Le calendrier de négociations ouvert sur les classifications conventionnelles est fixé de longue date. Cette réforme de la classification par intégration des critères classant a trouvé validation par l’ensemble des partenaires sociaux, dont la CGT et FO. Elle avance positivement et activement. Elle permettra notamment de répondre à la spécificité des emplois et à la réalité du terrain, de valoriser les savoirs et les compétences et de restaurer l’attractivité des métiers du transport, notamment ceux de la conduite. C’est à travers cette nouvelle classification que la spécificité des conducteurs d’hydrocarbures trouvera sa réponse. »

Jean-Marc Rivera

Il est malheureux de constater que certaines organisations syndicales profitent de tensions autour de la promulgation des ordonnances pour aborder des questions spécifiques du transport routier sans relation avec la réforme du code du travail. La ministre du travail a également évoqué la directive européenne des travailleurs détachés. Muriel Péricaud a précisé que dans ce cadre « le volet transport va être un sujet de débat important ». Or, si ce débat est important, il est ici hors sujet. Jean-Marc Rivera souligne que « La ministre du travail fait allusion au dossier du Paquet Mobilité et les questions fondamentales liées au dumping social autour des questions du cabotage et du salarié détaché. Mais ce sujet crucial pour la profession n’a aucun lien avec la question des ordonnances et la réforme du code du travail. Ce dossier brulant traité au Parlement Européen devrait inquiéter beaucoup plus les organisations syndicales que la réforme du code du travail, il y va dans ce dossier de la survie des entreprises et donc de leurs emplois ».

Elisabeth Borne

Il est donc dommage d’aller à l’affrontement avant d’être allé au bout des discussion. Il est très facile pour des syndicats d’amener leurs adhérents à compliquer la vie de leurs concitoyens, de leurs collègues et de leurs patrons. Muriel Péricaud l’a bien dit « Elisabeth Borne a commencé à recevoir les syndicats, elle va les recevoir dans les jours qui viennent, car il y a des spécificités dans ce domaine et il faut effectivement en tenir compte ». De son côté Jean-Marc Rivera, pour l’OTRE, complète « Concernant le congé de fin d’activité dont les organisations syndicales ont de nouveau mis en avant la question bien qu’ayant aucun rapport avec la question de la réforme du code du travail, Elisabeth Borne, Ministre des Transports, vient de réaffirmer dans un courrier adressé ce vendredi aux partenaires sociaux l’engagement de l’Etat à maintenir son financement du dispositif pour une période de 3 ans. Dès lors, il est de la responsabilité des partenaires sociaux de poursuivre sereinement la réforme engagée dans le respect du calendrier fixé par l’accord du 19 avril 2017. Enfin, nous le réaffirmons, contrairement à ce que les organisations syndicales prétendent, les entreprises ne pourront déroger par accord d’entreprise aux temps de conduite, tout comme aux temps de repos et de pause ou toutes mesures d’ordre sécuritaire prévues par le code des transports ou la règlementation sociale européenne ».

Reste à attendre la réalité du terrain en cette dernière semaine de septembre

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