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Télépéage, un service toujours plus digitalisé

Renaud Chasle
Ecrit par Renaud Chasle

Via des télébadges devenus des boitiers multi-technologies le télépéage se transforme en service digitalisé européen de gestion de flotte.

Avec encore une nouvelle hausse des tarifs autoroutiers de 1,9% en moyenne depuis le 1er février 2019, le poste péage ne cesse d’alourdir la charge des entreprises. A défaut de réduire les coûts, les systèmes de télépéage apportent une maîtrise des dépenses sur autoroute et une gestion simplifiée. La souscription au service français Tis-PL donne accès à des remises sur les tarifs de péage en fonction de la classe et de la norme du véhicule allant jusqu’à 13 %. Les boitiers de télépéage autorisent le franchissement sans arrêt des barrières et évitent de fournir des moyens de paiement aux conducteurs. Via un opérateur unique qui centralise l’ensemble des coûts de péage, les entreprises ont accès sur le web à des factures globales mensuelles et à des options de gestion, de commande ou de mise en opposition des télébadges.

Progressivement l’extension à l’Europe du service de télépéage a poussé les opérateurs historiques dont Axxès, Eurotoll ou AS24 et des fournisseurs tels DKV, UTA, Telepass à obtenir le statut de Société Européenne de Télépéage (SET). Via des accords avec les sociétés d’autoroute locales, ces SET sont à mêmes de commercialiser aux entreprises des boitiers interopérables sur plusieurs réseaux.

Interopérabilité améliorée

Depuis deux ans elles ont toutes mis sur le marché de nouvelles générations de télébadges multi-technologies qui ouvrent la voie à une interopérabilité étendue et à de nouveaux services aux transporteurs. Ces boîtiers intègrent le DSRC pour enclencher l’ouverture des barrières, le GNSS pour géopositionner les camions par satellites et le GSM pour transférer les données et les mises à jour. Ils deviennent ainsi à la fois des appareils de télépaiement du péage et d’identification GPS des trajets notamment soumis à une taxe poids-lourds. Un seul et même boîtier permet de s’acquitter des péages et taxes en France, Espagne, Portugal, Belgique. On peut y ajouter l’Italie, la Pologne, l’Autriche selon les fournisseurs. Via des mises à jour à distance, les boitiers pourront intégrer progressivement de nouveaux réseaux en Europe mais les dossiers avancent au cas par cas et sont souvent soumis à des décisions politiques voire aux lobbyings des opérateurs locaux. Les prochains réseaux à péage acquittables grâce aux nouvelles générations de télébadges devrait être l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, les pays scandinaves.

Services télématiques

Ces dernières générations de télébadges ressemblent même à des boitiers télématiques intégrés au camion, à l’exemple du TelepassSAT qui se connecte au tachygraphe ou au bus CAN et par Bluetooth à des applications mobiles. Ces OBU multi-technologies permettent aux opérateurs de mettre en place des services de géolocalisaiton/gestion de flotte d’entrée de gamme accessibles depuis des plateformes Cloud. Les télébadges remontent ainsi un flux de données techniques vers les portails de gestion en ligne qui compilent les transactions de péage ou de carburant avec les données sociales des conducteurs et l’historique des itinéraires empruntés. Ces portails web s’interfacent par API avec les TMS des transporteurs ou avec des applications mobiles. Chez Eurotoll, par exemple, les interfaces Machine to Machine de l’espace client permettent d’intégrer dans le TMS les flux de données péages pour faire apparaître les boitiers sur la cartographie ou d’intégrer les fonctions de commande de badges dans le logiciel de gestion du parc et des achats. Les plateformes en ligne de gestion s’enrichissent aussi de rapports de performance via l’intelligence artificielle et l’analyse Big Data. La nouvelle version du logiciel Axxès Fleet Manager permet aux gestionnaires de simuler l’itinéraire le moins cher, le plus rapide ou le plus court, tout en estimant les coûts liés au péage, au carburant, ou encore les émissions de CO2. L’application intègre la technologie Map Matching qui permet de repérer les véhicules sur la carte de manière plus précise et elle propose des rapports et analyses personnalisables. En complément les applications mobiles fournissent aux gestionnaires un accès continu aux coûts de péage et aux outils en ligne de désactivation, de gestion des alertes ou de restrictions d’usage des télébadges. L’enjeu est de faire communiquer les outils entre eux pour intégrer les données de péage ou de carburant dans le planning amont et l’analyse des coûts. Les conducteurs, eux, bénéficient de services de recherche de stations à proximité, de restaurants, ou de conseils déco conduite.

Du matériel au service

Les SET n’ont pas vraiment le choix en prenant ce virage technologique car leur métier évolue vers le service plus que la fourniture de matériels. A terme, avec la connectivité croissante des camions, les systèmes de télépéage seront intégrés directement dans les véhicules en usine. L’interopérabilité technique va continuer de s’étendre et l’acceptation des systèmes de télépéage dans un pays plutôt qu’un autre ne sera plus un réel facteur de différenciation entre les SET. Elles anticipent donc cette évolution du marché à venir en axant leur discours sur la mobilité et la digitalisation. Les transporteurs devraient ainsi bénéficier d’offres élargies de services de gestion sur route, activable à la demande depuis une simple application mobile par exemple. Reste à savoir si la concurrence entre SET et une possible concentration des acteurs du marché amènera une baisse des tarifs. Sans cela les entreprises ont encore le choix de télébadges d’entrée de gamme nationaux, suffisant pour ouvrir les barrières en France.

 

Les offres du marché