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Réduction de la vitesse et sécurité routière, le gouvernement choisit la facilité.

Jean-Yves Kerbrat


Même si le transport routier n’est pas directement impacté, la réduction de la vitesse concerne tous ceux qui prennent la route. C’est donc demain que le Comité interministériel de sécurité routière se réunit sous la présidence d’Edouard Philippe, Premier ministre. Le CISR est composé de membres du gouvernement et de fonctionnaires. Il s’agit d’entériner des mesures discutées au sein du CNSR (comité national de sécurité routière) qui rassemble largement des membres des administrations, des élus ainsi que des personnalités issues de la société civile et choisies pour leur expertise. Malheureusement, il y a au sein de cet organe consultatif de nombreux représentants d’associations de victimes qui n’ont pas de mal à faire pencher la balance vers le répressif au détriment de la liberté individuelle et du libre arbitre. En matière d’accidentologie, il y a autant de causes que d’accidents et la plupart du temps il n’y a pas qu’une seule raison à un drame de la route, mais un cumul. Cela va du facteur humain, au défaut mécanique et aussi, largement, aux défauts de l’infrastructure de plus en plus dégradée et en souffrance de budgets et de projets. Donc partant de ce constat, le gouvernement ne trouve pas d’autre solution que de pénaliser quelques millions d’utilisateurs de la route en réduisant la vitesse et en poursuivant un long travail d’infantilisation plutôt que d’information et de formation. C’est un choix trop facile.

Une opposition argumentée

Mardi 9 janvier 2018, le CISR va donc se réunir en fin d’après-midi. Même si la décision n’est pas annoncée officiellement, il semble acquis que l’obligation de rouler à 80 km/h sur près de 400 000 kilomètres de routes sans séparateur central sera mis en place dans les prochains mois. Pourtant, les associations représentant les automobilistes se sont démenées et plus de 4 millions de signatures contre le projet ont été recueillies par deux d’entre elles, la Ligue de Défense des Conducteurs et 40 millions d’automobilistes dont le président, Daniel Quéro, a été reçu à Matignon par des conseillers techniques du Premier ministre, le 4 janvier. « Nous avons abordé de nombreux sujets. D’abord, l’expérimentation sur si peu de kilomètres et durant si peu de temps n’a pas de sens. Au bout du compte, les résultats ne sont pas représentatifs. Ensuite, nous sommes venus à parler de la dégradation du réseau routier qui devient accidentogène sur de nombreux tronçons par défaut d’entretien. Nous avons aussi évoqué le cas des autres pays européens. Actuellement, au Danemark, il expérimente la possibilité de passer de 80 km/h à 90 km/h qui est la règle dans la majorité des pays européens ». Certains citent aussi l’expérience rennaise. Dans la capitale bretonne, les élus sont vite revenus au 90 km/h après être passé un temps à 70 km/h qui s’est révélé sans intérêt. Concernant le boulevard périphérique parisien, le principal bénéfice de rouler à 70 km/h au lieu de 80 km/h auparavant pourrait être la réduction du bruit de roulement pour la tranquillité des riverains … et encore.

Daniel Quéro, président 40 millions d’automobilistes

Une année de sinistre mémoire

Mais clairement, face à des gouvernements successifs qui n’écoutent que des arguments toujours plus répressifs, les automobilistes du quotidien sont inaudibles, y compris avec le porte-voix des associations représentatives et qui siègent au CNSR. Franchement, c’est décevant. Rappelons-nous tout de même qu’en 1972, la pire année en matière d’accidents de la route en France, on déplorait 18 034 décès sur nos routes et 386 874 blessés. En 2016, 3 477 personnes ont perdu la vie dans un accident de la route en France métropolitaine alors que 72 645 étaient blessées lors de 57 522 accidents corporels. Evidemment, ces chiffres bruts sont insupportables compte tenu des souffrances qu’ils cachent. Toutefois, il faut se rendre à l’évidence qu’à l’heure actuelle les chiffres que certains veulent voir baisser coute que coute auront du mal à diminuer par des mesures autoritaires. A quoi bon prendre des mesures coercitives alors que les automobilistes et professionnels de la route ont compris le message en réduisant d’eux-mêmes leur vitesse moyenne par la peur de l’amende et des pertes de points.

 

Un puissant outil répressif

Objectif de la mesure qui devrait être annoncée mardi soir 9 janvier est de sauver 450 vies par an. Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière en est persuadé « Si on fait baisser de 10 % la vitesse moyenne, on obtient une baisse de 4,6 % du nombre de morts » le tout appuyé par une batterie d’études nationales et internationales. Aujourd’hui, malgré une expérimentation bâclée et une opposition record, Edouard Philippe, Premier ministre déclarait au Journal du Dimanche « Je sais que si nous annonçons cette mesure, je serai critiqué. Mais je sais qu’elle va sauver des vies, et je veux sauver des vies. Je comprends les arguments, et même la mauvaise humeur, mais je ne le fais pas pour augmenter les recettes de l’Etat,  d’ailleurs, nous annoncerons des choses à ce sujet. Et si pour sauver des vies il faut être impopulaire, j’accepte de l’être ». Partant de ce postulat, comme on l’entend dans le langage populaire « c’est plié ».

Edouard Philippe

Les sénateurs mécontents

Il ne reste plus qu’à commander quelques milliers de panneaux et de les installer. A moins que Gérard Larcher, président du Sénat ne soit entendu, quoiqu’il soit monté au créneau un peu tard. Il montre sa réserve au projet du gouvernement et demande les résultats de l’expérimentation faite sur la baisse de la vitesse autorisée. « Il faut que le Premier ministre réponde aux parlementaires qui lui ont demandé de leur transmettre les conclusions de l’expérimentation pendant deux années. 50 sénateurs ont fait cette demande » a déclaré Gérard Larcher dans l’émission Le Grand jury RTL-Le Figaro-LCI. Il dit représenter tous les français qui ont des besoins impérieux de se déplacer et de quelle façon cela va impacter leur façon de vivre la route demain avec un puissant outil de répression qui l’accompagnera inévitablement.

Les contrôles vont redoubler

Refus de dialogue

D’autres arguments ont été balayés par les spécialistes de la sécurité routière Ainsi, lorsque l’association 40 millions d’automobilistes avance ainsi que « les Britanniques roulent à 97 km/h et ont moins d’accidents » il est répondu « En Grande-Bretagne, la limitation a beau être de 97 km/h, la vitesse moyenne réellement pratiquée est de 77 km/h car cette partie du réseau routier ne permet pas de rouler plus vite ». Mieux, lorsqu’on nous compare aux Allemands, qui ont une limitation à 100 km/h et dénombrent moins de décès sur les routes, les experts avancent «si la limite est bien de 100 km/h sur le réseau secondaire, une grande partie de celui-ci est limité à 80 ou à 70 km/h lorsque l’état de la route l’impose. En plus, les conducteurs allemands respectent scrupuleusement les limitations, à la différence de leurs homologues français » … vous avez dit mauvaise fois ! Bonne route …

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