Transporteurs

Libre propos : gazole, écotaxe, un transporteur prend la parole

Jean-Yves Kerbrat
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Le transport routier n’est pas un long fleuve tranquille. Ce chef d’entreprise est installé dans les Hauts de France. Son entreprise familiale, spécialiste du fret industriel tourne bien car il connait le métier, mais surtout, il évolue à la mesure des nombreuses contraintes qui s’ajoutent au fil du temps. Si nous lui avons parlé longuement, histoire de se persuader que l’homme est sincère et crédible dans ses propos, il a préféré garder l’anonymat « Cinquante familles dépendent de l’entreprise et je suis responsable. Notre environnement est difficile et je dois être prudent ». Nous l’appellerons donc Michel …

Ce qui lui fait prendre la parole est que les politiques remettent l’écotaxe sur le tapis. « Ça en est trop, déjà, nous avons subi une augmentation de la TICPE de 4 centimes au moment de l’enterrement de l’écotaxe, maintenant on nous reparle d’une taxe pour soi-disant favoriser la transition énergétique. Il faut savoir que nous avons déjà des difficultés à répercuter les augmentations du gazole à partir du moment où nous travaillons sur négociations annuelles. » constate le transporteur qui n’a aucune véhémence vis-à-vis des grands groupes, des chargeurs et même des routiers étrangers « Il faut bien que tout le monde travaille ».

Michel a pris la plume dès l’annonce des mesures envisagées par Elisabeth Borne, Ministre des Transports.  Son propos rejoint les nombreux messages reçus sur ce sujet au siège de l’Unostra où il adhère, tant l’inquiétude et la tension montent dans les TPE PME du transport routier. Son intervention tient en 4 points et nous le laissons s’exprimer et comme on dit habituellement, ses propos n’engagent que lui :

  • La surcharge gasoil n’existe pas pour notre PME de transport routier.

Nous répondons à des appels d’offres pour des entreprises internationales, et ce sur des plateformes de centralisation, il est donc important d’être qualifié dès le premier tour pour ne pas nous voir éliminer de suite, autant dire que les prix doivent être précis dès le premier jet.

Quand nous répondons à ces AO, les bases des indices sont très souvent supérieures ou inférieures à l’indice CNR à la date de l’AO, qui plus est avec un seuil de déclenchement minimum de 5 % voire 10 % en plus ou en moins par rapport à l’indice de référence lors de ce dit AO. Pour parfaire le tout, ce levier ne prend effet qu’après trois mois de variation, autant dire que nous réalisons peu de facturation pour la surcharge gasoil.

De plus, cette variation s’applique aussi bien en plus qu’en moins, ce qui fait que nous faisons des avoirs si la variation est négative ce qui est souvent le cas. Je suspecte les chargeurs d’avoir une stratégie de RFA déguisée par une analyse des variations énergétiques à long terme, ce qui permet d’appliquer un indice de référence qui est de fait bénéfique pour eux-mêmes.

Il est impossible d’influencer cet indice car nous sommes « entre le marteau et l’enclume » et nous devons nous plier si nous voulons préserver nos entreprises comme nos emplois. De plus, de nombreux grands groupes emmènent nos entreprises vers le bas par des politiques tarifaires irresponsables.

  • Lissage du coût du Diesel sur l’Essence

La différence actuelle entre les deux produits est de 13,31 %. Si nous lisons cette différence sur trois ans conformément à la volonté du Gouvernement, l’addition serait de 60 K€ HT par an pour une flotte de 32 camions, soit un manque à gagner de 180 K€ pour les trois ans et l’équivalent de 42,14 % de notre résultat net par année lorsque nous sommes en croissance (amortissement compris).

  • Modernisation du parc

Un tracteur actuel coute en moyenne 92 K€ (Euro 6) contre 75 K€ pour les (Euro 5) il y a 5 ans, soit une charge financière complémentaire de 18,48 % pour l’entreprise sans oublier les filtres à particules de plus de 1800 € à changer tous les 2 à 3 ans et autres pièces, avec en plus la charge de l’ablue permettant de diminuer le rejet de CO2.

La profession est parfaitement consciente des enjeux environnementaux, et c’est important, néanmoins, je crois que cette dernière est bien plus responsable que beaucoup d’autres secteurs d’activités. Le parc camion rejette bien moins de CO² que celui des voitures particulières, il me semble urgent de faire savoir cela à nos concitoyens et de revaloriser notre profession.

Pour notre part, 87,5 % de notre parc est en euro 6. Il est de plus indispensable de l’être pour pouvoir prétendre à répondre aux AO. Il est donc intolérable d’entendre sur RTL cette semaine, l’intervention de Monsieur le Député François Michel Lambert, prétendre : « qu’il est urgent de moderniser le parc routier et de remettre l’écotaxe en place ».

  • Révision de l’Ecotaxe

Les transporteurs participent depuis de nombreuses années au financement et à l’entretien des infrastructures par le biais de la taxe à l’essieu ce qui est rarement rappelé par les médias.

De plus, lors de l’abandon de l’écotaxe, le coût fiscal sur les produits pétroliers s’est vu revalorisé de 4 centimes € / litre pour participer aux frais de désengagement de l’Etat. Autant dire que nous avons plus que largement participé à ce dispositif qui est une fois de plus un investissement irresponsable de la part de politiques dit responsables

De plus, l’ensemble de nos autoroutes sont payantes, ce qui n’est absolument pas le cas pour nos confrères européens. Il est important de rappeler que l’économie se fait par l’échange de biens, et par conséquent très souvent par voies routières, il est donc urgent de prendre conscience que nous avons plus que besoin de l’économie du transport pour continuer les grands chantiers de demain, et permettre de donner à chacun la chance de travailler pour s’épanouir et vivre dans la dignité pour bâtir l’Avenir de nos enfants.

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