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Avec l’huile de palme, le biodiesel fait débat.

Raffinerie de La Mède
Jean-Yves Kerbrat


Très mécontente de l’arrivée de l’huile de palme à la raffinerie Total de La Mède (13), la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) annonce un mouvement de blocage des raffineries partout en France qui doit démarrer dès le dimanche 10 juin pour les premières et le lundi 11 pour les autres. En tout, 13 raffineries ont été identifiées par le FNSEA associée aux Jeunes Agriculteurs. L’annonce du raffinage en France de l’huile de palme complète les incompréhensions soulevées par le projet de loi Agriculture et Alimentation, qui vient d’être adopté en première lecture à l’Assemblée nationale.

Les organisations agricoles mettent la pression

Mi-mai, Nicolas Hulot prend position sur le lancement de la production biodiesel par une reconversion de la raffinerie de La Mède dans les Bouches-du-Rhône. Le ministre de la transition énergétique avait alors déclaré sur Europe1 « Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai autorisé la raffinerie de la Mède à rouvrir. L’avenir n’appartient pas à l’huile de palme ». Ce projet de bioraffinerie permettra de produire du biodiesel de type HVO (hydrotraitement des huiles végétales) qui est une alternative aux carburants traditionnels d’origine fossile permettant, selon le ministre, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’avancer vers la sortie des énergies fossiles. « Le HVO permet un usage plus souple et plus facile que les autres biocarburants de technologie moins avancée, dans des domaines comme l’aviation où les alternatives aux fossiles n’existent pas encore. Ces biocarburants peuvent être obtenus à partir d’huiles végétales, d’huiles alimentaires usagées ou encore d’huiles issues de déchets de l’industrie, et ouvrent donc la voie au développement d’une économie circulaire. »

Nicolas Hulot … « pas de gaité de coeur »

Mais la production à partir de l’huile de palme au détriment de végétaux européens mécontente fortement la FNSEA « L’attitude du gouvernement est incohérente. C’est aussi une décision inquiétante pour l’environnement. Non content d’en avoir dans le Nutella maintenant ce sont 400 000 tonnes d’huile de palme qui vont venir dans les raffineries, donc dans nos véhicules » dénonce Christiane Lambert, la présidente du syndicat. Le ministère rappelle que ce projet a été décidé en 2015 pour permettre la reconversion d’un site conventionnel de raffinerie et le maintien de 250 emplois sur la plateforme de la Mède, en réduisant l’utilisation de produits pétroliers et les nuisances induites par la plateforme. La modernisation de l’usine de la Mède conduira en effet à une baisse des émissions de gaz à effet de serre (- 75% pour le CO2), de gaz polluants (-93% de dioxyde de soufre ; -98% de poussières) et de produits odorants (-45% de composés organiques volatils) par rapport au fonctionnement de la raffinerie historique. Les riverains en bénéficieront.

Récolte en Indonésie

Les céréaliers sont vent debout car selon la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, il s’agit d’une concurrence déloyale pour la production de colza et de tournesol, dont l’huile peut aussi entrer dans la composition des biocarburants. « Le cours du colza est en chute libre depuis ces annonces. Ça fait une culture de moins alors qu’on n’en a déjà pas beaucoup dans notre département » regrette Philippe Demiot, président de la FDSEA de l’Indre sur France bleu. Toutefois, pour calmer le jeu, dans le cadre de sa stratégie de lutte contre la déforestation importée, prévue par le Plan Climat, le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire a souhaité intégrer, dans l’arrêté encadrant le projet, l’impact du biodiesel sur l’environnement et les forêts de manière globale, afin de prendre en compte l’ensemble du processus de fabrication, notamment les sources d’approvisionnement en huiles, dont la durabilité est un enjeu fondamental. Le projet de la Mède doit donner la priorité au recyclage des huiles usagées, et dans ce cadre l’Etat a fixé, à Total, comme objectif d’utiliser au moins 25 % de matières premières issues du recyclage des huiles (huiles alimentaires usagées, graisses animales, distillats d’acide gras) avant d’autoriser la mise en service de la bioraffinerie.

Palme, culture décriée

Les organisations professionnelles, FNSEA et Jeunes Agriculteurs ne décolèrent pas « Nous savons fournir pour la production de biocarburants « Made in France », une matière première locale, tracée, coproductrice de protéines pour nos élevages améliorant notre autonomie protéique de 22% à 52%, et respectueuse de l’environnement, ils se retrouvent désormais concurrencés sur leur propre territoire par des biocarburants produits à partir d’importation massive d’huile de palme et d’huiles usagées. Cette décision est un véritable non-sens économique et écologique : elle prive les agriculteurs français d’un débouché durable, ayant permis durant plusieurs décennies de bâtir une filière des huiles et protéines végétales performante, assurant à la fois la vocation nourricière principale de l’agriculture (huiles alimentaires et protéines), et sa participation à la transition énergétique.  Le choix de l’huile de palme est un symbole, c’est le choix de la déforestation en Asie du Sud-Ouest. Choisir l’utilisation de déchets importés relève d’une incohérence totale entre ce choix politico-commercial et la volonté affichée d’une transition écologique durable et d’une lutte ardue contre le réchauffement climatique. »

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