Vie des entreprises

Le transport routier victime de l’arnaque autoroutière

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Jean-Yves Kerbrat

« De qui se moque-t-on » s’interroge l’OTRE dans un communiqué diffusé dans la soirée du lundi 19 septembre après l’annonce par le gouvernement d’une augmentation du péage des autoroutes à l’échéance 2018 avec une hausse annuelle de 0,3 à 0.4 % jusqu’en 2020 qui s’ajoute aux augmentations déjà prévues. Elles sont déjà de 1,15 % à 1,46 %. La « taxe d’Etat » s’ajoute donc. Ce sont les collectivités qui mettraient la main à la poche, en plus des utilisateurs des réseaux, dont les transporteurs routiers.

Lane keeping assistance. Södertälje, Sweden Photo: Dan Boman 2013

Le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, a précisé qu’il s’agissait de trouver 1 milliard d’euros pour améliorer l’infrastructure routière, une trentaine d’échangeurs, en plus de murs anti-bruit avec une annonce d’un potentiel de 5000 créations d’emplois sur la période. Le gouvernement ne semble pas prêter attention à la levée de boucliers juste un an et demi après le mini-scandale des super profits des sociétés d’autoroute championnes des hausses de tarifs.

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Un milliard, en partie, pour des murs anti-bruit

Cela rend furieuse la profession du transport routier. L’OTRE vient de réagir en déclarant qu’après un plan autoroutier de 3,3 milliards d’euros initié en 2015, le gouvernement a annoncé hier l’investissement d’un milliard d’euros supplémentaire supporté par les collectivités locales, donc les contribuables et les usagers.

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Alain Vidalies cherche de l’argent par tous les moyens

Selon l’organisation professionnelle « Cette annonce pose de nombreuses questions. Quel est l’objectif ? On évoque des travaux sur les échangeurs et autres aménagements environnementaux. Mais de qui se moque-t-on ? En quoi consistait alors le précédent plan de 3.3 milliards, si ce n’est ce type d’aménagements ? Ne sont-ils pas prévus dans le cahier des charges des contrats de concession conclus avec l’État ? À quelles sociétés concessionnaires ce plan est-il destiné ?

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Les pays de l’Est aiguisent une concurrence déloyale

En attendant les réponses, l’OTRE rappelle que le poste « infrastructures » constitue une des principales dépenses d’exploitation des entreprises de transport routier, allant jusqu’à représenter 25 % du coût sur certains itinéraires. Une augmentation des tarifs autoroutiers détériore donc encore davantage la compétitivité des entreprises, face à des concurrents n’utilisant pas obligatoirement les autoroutes françaises, en particulier les véhicules utilitaires légers pratiquant le transport sur longue distance.

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Les poids lourds représentent une part importante du chiffre d’affaires des sociétés d’autoroutes

Pour l’OTRE, « il n’est pas admissible que de tels plans de soutien au réseau autoroutier soient décidés dans une totale opacité et sans aucune concertation des usagers, notamment des représentants des professionnels du transport routier. Cette annonce est d’autant plus choquante qu’elle correspond au second anniversaire de l’avis de l’Autorité de la concurrence, dénonçant la rente constituée par les péages pour les sociétés concessionnaires.

L’OTRE rappelle enfin que « plusieurs recours sont en cours contre le précédent plan de soutien autoroutier. Deux nouvelles procédures ont été déposées cet été, contre les arrêtés relatifs aux augmentations de péages des sociétés Cofiroute et Sanef-Sapn » L’organisation professionnelle se réserve le droit d’attaquer les prochains arrêtés qui viendront valider ce nouveau plan.