High-tech Poids lourds

La révolution numérique bouleverse le monde du transport

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Catherine Bernard

C’est une révolution telle que l’automobile n’en avait pas connu depuis l’invention de la chaîne de production taylorienne : l’intrusion à grande échelle du numérique dans chaque véhicule -particulier ou utilitaire-. Une évolution qui change totalement l’utilisation des véhicules, et ne sera pas sans conséquence pour tous les acteurs du marché, des constructeurs aux assureurs ou aux gestionnaires de flotte.

« L’automobile numérique connectée : qui émergera et qui survivra ? » : tel était le thème d’une conférence organisée le 26 septembre par l’institut G9+, l’Idate (institut de recherche sur le numérique) et l’URF (union routière de France) et qui rassemblait les grands experts du secteur : Renault, PSA, Valeo, Altran, Europcar, McKinsey, le CNPA (conseil national des professions de l’automobile), Blablacar, Direct Assurance, etc.

Car l’intrusion du numérique s’accélère : la grande majorité des nouveaux véhicules -poids lourds en tête- est désormais dotée d’une carte Sim transmettant en direct toutes les informations de maintenance et de conduite du véhicule, voire proposant des services d’assistance et d’alerte.  Quant au véhicule autonome, il débarque bien plus rapidement que prévu : la métropole lyonnaise s’apprête à tester les minibus autonomes Navya, des camions autonomes sont testés dans des mines suédoises, et les annonces concernant les voitures autonomes se sont, cet été, multipliées.

« Nul doute que cette évolution va aussi toucher les véhicules utilitaires légers, contribuant à répondre à la problématique du dernier kilomètre », prédit Claude Cham, président de l’URF.

Un énorme smartphone

« Une voiture contient désormais 100 millions de lignes de code, soit bien plus qu’un PC », rappelle le prospectiviste Joël de Rosnay.  « Le véhicule devient du coup un énorme smartphone, -une plateforme- dotée d’applis et de mises à jour ». Et de fait, chaque véhicule connecté devra être mis à jour régulièrement, comme le propose déjà Tesla. Une procédure qui contraindra à une révision drastique de la notion de « véhicule d’occasion ».  Mais qui sera aussi indispensable pour lutter efficacement contre les inévitables attaques de hackers !

Mais cette numérisation des transports bouleverse tout l’écosystème : qui contrôlera l’OS des véhicules ?  Développera les applications ?  Utilisera les données ?  Construira les véhicules ?  Nul doute que les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber)  ne se contentent pas lorgner sur ce marché : ils en sont parfois -tels Google, Uber et Tesla- des précurseurs. « Mais les savoir-faire classiques de fabrication restent un élément clé », nuance Thierry Viadieu, directeur de programme Véhicule Connecté et Autonome chez Renault. « Et pour un constructeur, il est important de maitriser la connectivité d’un véhicule. Elle ne peut pas exclusivement reposer sur le smartphone du client ». « Des alliances inédites sont donc à prévoir, comme celle, dont parlait récemment le Financial Times, entre Apple et McLaren »,  prédit  Cyril Roger, directeur général adjoint de la société d’ingénierie Altran.,

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Le camion FMX autonome de Volvo testé dans la mine suédoise de Boliden ©Volvo Trucks

Des rythmes d’innovation bouleversés

N’empêche : le numérique a d’ores et déjà bouleversé les rythmes d’innovation, et les relations entre les partenaires du monde automobile. « Les process d’innovation de l’industrie était très fermés, organisés entre constructeurs et OEM. Il faut définir de nouveaux collectifs d’innovation », estime Nicolaï Muller, directeur général de la practice « auto » chez McKinsey. Dominique Doucet, product marketing director chez Valeo, est le premier à le reconnaitre : « on avait l’habitude de dire que certaines choses n’étaient pas possibles, que les cycles d’innovation étaient incompressibles. Mais Tesla fait toutes ces choses « impossibles » ! ». Les Volvo,  Scania, Daimler Benz eux aussi doivent donc apprendre à collaborer avec des acteurs qu’ils ne fréquentaient naguère jamais.

La voiture connectée bouleverse aussi les autres acteurs du monde automobile : assureurs, loueurs, gestionnaires de flotte, tous espèrent pouvoir récupérer de plus en plus de données sur l’utilisation réelle du véhicule, pour optimiser la maintenance, la conduite, l’utilisation, voire dialoguer en direct avec le conducteur.  La bataille des données s’annonce particulièrement rude !

Routes et villes intelligentes

Qui dit véhicule intelligent dit aussi, ville et route intelligentes. La signalisation par exemple doit pouvoir être lue par un véhicule autonome, et il faut préparer la cohabitation entre véhicules « traditionnels », connectés et autonomes. Les véhicules électriques doivent aussi pouvoir se recharger mais aussi servir de « batteries » dans des smart grids locales. Comment préparer cette révolution ?  A quoi ressemblera la route de demain ?  La question est, lundi, restée totalement ouverte !