Transporteurs

Guyane, des transporteurs laissés pour compte

Jean-Yves Kerbrat

La pression est maintenue en Guyane et les dernières manifestations ont rassembler 10000 personnes sur un territoire qui en compte 250000. Dimanche 26 mars les professionnels du transport routier comme les manifestants avaient décidé de lever les barrages routiers afin que la population puisse se ravitailler en carburant et en vivres avant de faire face à une grève générale illimitée des commerces et des services, annoncée dans tout le département de la Guyane et qui se poursuit.

Si dimanche le vice-président de l’UGTR (organisation patronale proche de l’Unostra) a décidé de débloquer deux citernes de kérosène afin de permettre le transport sanitaire par avion entre l’hôpital et l’aéroport, depuis lundi matin 4 heures le GPAR (Groupement Pétrolier Avitaillement Rochambeau) était totalement boqué.

Dans un communiqué, les transporteurs guyanais expliquent pourquoi ils ont rallié ce mouvement social qui réunit toute la population et les élus de la Guyane.

« Tout a commencé en 2015 avec le projet du chantier Ariane6. La société Eiffage a remporté l’appel d’offres. Ce chantier comportait 2 tranches de travaux. Ce donneur d’ordre a réuni les transporteurs guyanais afin d’organiser avec eux la partie transport du chantier. Sa demande était forte soit 80 camions bennes jour. Pour ce faire les transporteurs guyanais ont réalisé les investissements nécessaires en achetant les véhicules.

Un mois avant le début des travaux de la première tranche soit en juin 2015 lors d’une réunion au Centre Spatial Guyanais (GSP) en présence de son directeur général Bernard Semoule, il a été indiqué aux transporteurs un changement technique. Eiffage privilégie la variante du « traitement de sol » à la pratique du « déblais-remblais ». Les camions bennes devenaient inutiles. Pour satisfaire ce changement de traitement de sol le CSG et la société Eiffage ont demandé aux transporteurs de s’équiper de citernes pulvérulentes destinées au transport du ciment en vrac.

(copie d’écran)

 Mais un double investissement en si peu de temps était irréalisable pour nombre de transporteurs. Ce qui les a amenés à solliciter de la part du CSG et d’Eiffage une avance financière de 300 000 €, afin de réaliser ces investissements et commencer ce chantier. Demande à laquelle les donneurs d’ordre ont répondu favorablement en promettant cette avance. Mais depuis la situation s’est enlisée, car l’avance promise n’a pas été versée. Les transporteurs se sont organisés par leurs propres moyens pour acquérir le matériel puis ils se sont relayés jour et nuit parvenant ainsi à livrer la première tranche avec 2 mois d’avance.

Pour la deuxième tranche Eiffage a fait un appel d’offres, qui a retenu le projet le moins disant, excluant le matériel qui avait été financé par les transporteurs pour le marché Ariane6. Est-il normal qu’un donneur d’ordre demande à des transporteurs d’acquérir du matériel spécifique à un chantier et les contraignent à le reléguer au garage à l’issue de la première tranche des travaux ?

(copie d’écran)

Les transporteurs désireux de faire tourner au moins à minima leurs camions, dans un contexte d’offres locales très réduites, ont malgré tout accepté d’aligner leurs tarifs sur l’enveloppe proposée par Eiffage. Mais cela n’a servi à rien.  Les véhicules n’ont pas été retenus. Ils sont désormais immobilisés avec toutes les charges fixes à payer. Depuis Eiffage a fait l’acquisition de camions toupies pour ce chantier. Pour les transporteurs, il est inacceptable qu’un groupe d’envergure international pousse des PME à la quasi faillite en les contraignant à des investissements sans lendemain.

Des mois plus tard, les transporteurs guyanais ont la cruelle sensation de s’être engagés dans une opération ou les dés étaient pipés d’avance. C’est pourquoi las de telles pratiques commerciales ils ont décidé de bloquer les citernes et camions du groupe Eiffage. Le chantier Ariane6 est au point mort. D’une manière générale les guyanais s’interrogent sur les véritables retombées économiques et fiscales de ces travaux pour la Guyane, quand ces grandes entreprises prennent si peu en considération, le développement des PME locales, seules créatrices d’emplois. Ainsi, le mardi 28 mars l’UGTR est en colère et reste mobilisée. Elle participe activement à la manifestation dans Cayenne. »

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