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Brexit et transport routier, l’inconnue …

Jean-Yves Kerbrat


A chaque jour sa surprise. A vrai dire, dans cette période transitoire, les britanniques ne savent plus sur quel pied danser … Mais un Brexit dur inquiète beaucoup, en particulier pour ce qui est lié aux approvisionnements par camions, car 60 % des biens de consommation et de la nourriture sont importés. Alors, le gouvernement britannique a l’idée géniale de se passer de Douvres et Calais en dérivant le trafic sur d’autres ports en donnant aux compagnies maritimes des aides substantielles afin de s’organiser dans leur exploitation. Il est question de 100 millions de livres. La somme serait partagée entre Une somme à partager entre Brittany ferries (France – 51,7 millions), DFDS (Danemark – 52,5 millions) et Seaborne (Grande Bretagne – 13,8 millions), une compagnie qui n’a pas encore de navire et qui souhaite relier Ostende à Ramsgate. Le britannique, leader sur les traversées entre Douvres et Calais, a refusé ce marchandage …

Les britanniques craignent la thrombose. 60% des approvisionnements viennent d’Europe ! 

Les directions du tunnel sous la Manche, du port de Dunkerque et celui de Calais sont vent debout contre Londres. Au port de Calais on est évidemment furieux par cette conception des échanges bilatéraux et si ce projet venait à exécution, le port enverra à Londres la facture de 15 millions d’euros correspondant aux contrôles effectués depuis dix ans pour le contrôle des migrants, au bénéfice des anglais. Jean-Marc Puissesseau, le patron du port de Calais ne comprend pas … « Les autorités comme les transporteurs vont s’organiser. Il n’y a pas de raisons pour que le trafic soit ralenti. Les compagnies maritimes préviennent leurs clients transporteurs depuis des semaines qu’ils devront faire des déclarations en douanes préalables avant la traversée ». En attendant, Eurotunnel se laisse la possibilité de déposer un recours en justice.

Jean-Marc Puissesseau, le patron du port de Calais

En attendant d’en savoir plus sur la conclusion d’un Brexit qui s’éternise, les organisations patronales françaises, Medef en tête, préviennent les entreprises qu’elles ont intérêt à s’organiser. Côté Gouvernement français, on prend aussi les devants. Gérald Darmanin, originaire du Nord et ministre de l’Action et des Comptes publics, qui s’inquiète aussi à juste titre pour la compétitivité des entreprises de transport et de logistique mais aussi des ports tente la conciliation à coup de réunion. Pour l’heure, les incertitudes persistent. Cependant, pour anticiper, le Ministre a déjà annoncé 700 créations de postes dans la Douane d’ici à 2020. De nombreuses inquiétudes subsistent car même en simplifiant au maximum les procédures douanières, la question des contrôles sanitaires ne pourra pas être traitée en 6 mois car ces contrôles appellent de nombreuses infrastructures. Les embouteillages ne sont pas à exclure. Mais ira-t-on jusqu’à la situation apocalyptique prédit par les anglais ?

Côté français, on s’organise … mais l’inconnue subsiste 

En attendant, le transport routier européen retient son souffle. Une date est dans toutes les têtes, le basculement du Brexit devrait avoir lieu le 29 mars 2019 à 23 heures (minuit en France). A ce moment-là, ce sera un retour en arrière spectaculaire pour les transporteurs européens, et britanniques en tête. Les représentants de la Road Haulage Association (7000 membres et 50% des camions au Royaume-Uni) ont rencontré, avec leurs autres collègues, à plusieurs reprises Chris Grayling, le secrétaire d’Etat anglais aux transports et il faut reconnaitre que l’incompréhension est totale. Pourtant la préparation de l’après Brexit est essentielle pour les transporteurs à partir du moment où le matin du 30 mars 2019, les entreprises britanniques feront un saut en arrière de … 45 ans depuis l’adhésion à l’UE le 1er janvier 1973. En suivant de lien, découvrez un document publié par la Commission Européenne. 

Aujourd’hui, de Roscoff à Calais, le spectre d’un « no deal Brexit »  agite légitimement les responsables des ports de la Manche, les élus, les compagnies maritimes spécialités du transmanche et les transporteurs routiers. Dans un contexte flou des relations politiques britanniques, personne n’est préparé à faire face aux conséquences logistiques du Brexit impliquant le rétablissement des contrôles douaniers, des contrôles d’identité aux frontières ou des contrôles vétérinaires qui vont considérablement allonger le temps d’attente des transporteurs routiers quand le temps d’escale des navires ne dépasse pas actuellement une heure et demie. Dons, en effet, des embouteillages monstres de poids-lourds ne sont pas à exclure … Suite aux prochaines annonces, puis dans la vraie vie, lorsque nous saurons exactement les tenants et aboutissants des négociations en cours. En attendant, retenons notre souffle !

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